Cours de philosophie

Programme de terminale

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Le surréalisme

Viol


Table des matières


Origines lointaines

On peut trouver des ancêtres lointains au surréalisme : le peintre Jérôme Bosch (1453-1516), l’écrivain Lautréamont (Les Chants de Maldoror, 1869) ou le dramaturge Alfred Jarry (Ubu roi, 1896).

La naissance du surréalisme (vers 1920)

Mais le surréalisme naît véritablement au début du XXe siècle de la confluence de deux mouvements d’idées :

André Breton est un étudiant français en médecine. Il est fasciné par la découverte des idées de Freud et décide de les appliquer dans le domaine artistique.

Pourquoi « surréalisme » ? Parce qu’il s’agit d’opérer la fusion du rêve et de la réalité afin d’atteindre une « réalité supérieure » :

Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l'on peut ainsi dire.
André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924

L’artiste devra utiliser la même méthode que Freud applique à ses patients :

Je résolus d’obtenir de moi ce qu’on cherche à obtenir [des névrosés], soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne s’embarrasse, par suite, d’aucune réticence, et qui soit aussi exactement que possible la pensée parlée.
André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924

Ainsi Breton peut définir le surréalisme ainsi :

SURREALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924

Le surréalisme en littérature

De nombreux écrivains s’engageront dans la voie ainsi ouverte, à commencer par Breton lui-même (Nadja) et son ami Philippe Soupault avec qui il écrira Les Champs magnétiques. Au-delà, les écrivains surréalistes les plus connus sont Louis Aragon, Paul Eluard et Boris Vian.

Donnons quelques exemples de littérature typiquement surréaliste.

Commençons par un précurseur important, Lautréamont, avec ce texte absolument dingue waw qui pour moi révèle toute la beauté sauvage et folle du surréalisme :

Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits isolés de la campagne, l’on voit, plongé dans d’amères réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques. L’ombre des arbres, tantôt vite, tantôt lentement, court, vient, revient, par diverses formes, en s’aplatissant, en se collant contre la terre. Dans le temps, lorsque j’étais emporté sur les ailes de la jeunesse, cela me faisait rêver, me paraissait étrange ; maintenant, j’y suis habitué. Le vent gémit à travers les feuilles ses notes langoureuses, et le hibou chante sa grave complainte, qui fait dresser les cheveux à ceux qui l’entendent. Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes, s’échappent des fermes lointaines ; ils courent dans la campagne, çà et là, en proie à la folie. Tout à coup, ils s’arrêtent, regardent de tous les côtés avec une inquiétude farouche, l’œil en feu ; et, de même que les éléphants, avant de mourir, jettent dans le désert un dernier regard au ciel, élevant désespérément leur trompe, laissant leurs oreilles inertes, de même les chiens laissent leur oreilles inertes, élèvent la tête, gonflent le cou terrible, et se mettent à aboyer, tour à tour, soit comme un enfant qui crie de faim, soit comme un chat blessé au ventre au-dessus d’un toit, soit comme une femme qui va enfanter, soit comme un moribond atteint de la peste à l’hôpital, soit comme une jeune fille qui chante un air sublime, contre les étoiles au nord, contre les étoiles à l’est, contre les étoiles au sud, contre les étoiles à l’ouest ; contre la lune ; contre les montagnes, semblables au loin) des roches géantes, gisantes dans l’obscurité ; contre l’air froid qu’ils aspirent à pleins poumons, qui rend l’intérieur de leur narine, rouge, brûlant ; contre le silence de la nuit ; contre les chouettes, dont le vol oblique leur rase le museau, emportant un rat ou une grenouille dans le bec, nourriture vivante, douce pour les petits ; contre les lièvres, qui disparaissent en un clin d’œil ; contre le voleur, qui s’enfuit au galop de son cheval après avoir commis un crime ; contre les serpents, remuant les bruyères, qui leur font trembler la peau, grincer les dents ; contre leurs propres aboiements, qui leur font peur à eux-mêmes ; contre les crapauds, qu’ils broient d’un seul coup sec de mâchoire (pourquoi se sont-ils éloignés du marais ?) ; contre les arbres, dont les feuilles, mollement bercées, sont autant de mystères qu’ils ne comprennent pas, qu’ils veulent découvrir avec leurs yeux fixes, intelligents ; contre les araignées, suspendues entre leur longues pattes, qui grimpent sur les arbres pour se sauver ; contre les corbeaux, qui n’ont pas trouvé de quoi manger pendant la journée, et qui s’en reviennent au gîte l’aile fatiguée ; contre les rochers du rivage ; contre les feux, qui paraissent aux mâts des navires invisibles ; contre le bruit sourd des vagues ; contre les grands poissons, qui, nageant, montrent leur dos noir, puis s’enfoncent dans l’abîme ; et contre l’homme qui les rend esclaves. Après quoi ils se mettent à courir dans la campagne, en sautant, de leurs pattes sanglantes par-dessus les fossés, les chemins, les champs, les herbes et les pierres escarpées.
Lautréamont, Les Chants de Maldoror, I

Dans un style plus innocent, voici une citation typiquement surréaliste :

La terre est bleue comme une orange.
Paul Eluard, L’Amour de la poésie

Petite analyse du surréalisme

Le surréalisme consiste à utiliser l’inconscient à des fins esthétiques. Ainsi les traits essentiels du surréalisme ne sont rien d’autre que les mécanismes de l’inconscient :

Tout ceci se retrouve dans les formules de Lautréamont décrivant la beauté surréaliste :

Il me paraissait beau comme les deux longs filaments tentaculiformes d’un insecte ; ou plutôt, comme une inhumation précipitée ; ou encore, comme la loi de la reconstitution des organes mutilés ; et surtout, comme un liquide éminemment putrescible !
Le grand-duc de Virginie, beau comme un mémoire sur la courbe que décrit un chien courant après son maître, s’enfonça dans les crevasses d’un couvent en ruines. Le vautour des agneaux, beau comme la loi de l’arrêt de développement de la poitrine chez les adultes dont la propension à la croissance n’est pas en rapport avec la quantité de molécules que leur organisme s’assimile, se perdit dans les hautes couches de l’atmosphère.
Le scarabée, beau comme le tremblement des mains dans l’alcoolisme, disparaissait à l’horizon.
Il est beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces ; ou plutôt, comme ce piège à rats perpétuel, toujours retendu par l’animal pris, qui peut prendre seul des rongeurs indéfiniment, et fonctionner même caché sous la paille ; et surtout, comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie !
Lautréamont, Les Chants de Maldoror, V et VI

Dernière remarque sur le surréalisme et la littérature : selon Milan Kundera, ce que les surréalistes ont toujours voulu faire sans y parvenir, à savoir opérer la fusion du rêve et de la réalité, c'est un écrivain tchèque qui y est parvenu, bien qu'on le rattache rarement au surréalisme : Franz Kafka. On a surtout vu dans Le Procès la dimension politique et le pressentiment du totalitarisme ; au rebours de cette interprétation moraliste, Kundera souligne la dimension onirique et même humoristique de ce grand roman.

Le surréalisme en peinture

Mais le surréalisme, loin de se limiter à la littérature, a connu un développement spectaculaire en peinture. Aujourd’hui encore de nombreuses images sont issues du surréalisme, notamment dans la publicité.

Les grands peintres surréalistes sont, outre le précurseur Jérôme Bosch que nous avons mentionné, l’espagnol Salvador Dalí et le belge René Magritte. Voici quelques-unes de leurs œuvres les plus marquantes :

Salvador Dali

La Métamorphose de Narcisse

Narcisse

Cygnes reflétant des éléphants

Eléphants


Rêve causé par le vol d'une abeille autour d'une grenade
quelques instants avant le réveil

Rêve

Dans les trois œuvres précédentes l'usage de l'analogie (métaphore) est évident. Sur le dernier tableau, l'abeille (ou plutôt la guêpe) est rêvée en tigres, non seulement pour la couleur mais aussi pour le danger de la piqûre, représentée par les pointes du poisson, les griffes et les crocs des tigres, et par le canon de la carabine, voire par les pattes d'araignée de l'éléphant. Tous les objets sont d'ailleurs en lévitation, comme une guêpe en survol.


La Tentation de Saint Antoine

Tentation


La Persistance de la mémoire

Horloges


René Magritte :

Le Modèle rouge

Souliers


Le Viol

Viol


La Clef de verre

Rocher


Le Balcon

Balcon

Cette œuvre est une reprise d'un tableau similaire très célèbre réalisé par Edouard Manet. Le détournement est un procédé classique des surréalistes et des dadaïstes.


La Clairvoyance

Clairvoyance


Ceci n'est pas une pipe

Pipe


Golconde

Golconde


Photographie, cinéma, etc.

Le surréalisme s'est étendu au-delà de la littérature et de la peinture pour conquérir la plupart des domaines artistiques.

En photographie, Man Ray est un représentant éminent du surréalisme. Voici son œuvre la plus célèbre :

Le Violon d'Ingres

Violon femme


En cinéma, mentionnons l'espagnol Luis Bunuel, qui a notamment réalisé L'Age d'or avec Salvador Dali ainsi que de nombreux autres films.

Le surréalisme a produit une multitude d'objets incongrus de toutes sortes qu'on ne saurait tous énumérer. En voici un seul exemple :

Lunettes pour cyclope

Lunettes


Le surréalisme et la révolution

Le surréalisme a aussi été, dans les années 1930, un mouvement étroitement lié à la révolution (communiste). L'idée était de faire le lien entre la révolution esthétique et la révolution sociale. On retrouve cette idée dans presque toutes les avant-garde de l'époque, y compris les avant-gardes futuristes qui étaient liées à la révolution fasciste.

Cette tendance révolutionnaire continuera dans les mouvements artistiques qui prolongent le surréalisme, à savoir le lettrisme dans les années 1950 et l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), puis surtout avec le situationnisme des années 1960, dont le livre-manifeste est La Société du spectacle de Guy Debord. Le but des situationnistes est de détruire l'art, c'est-à-dire de mettre fin à la séparation entre l'art et la vie. L'art ne doit plus être dans les musées, il ne doit plus être représenté mais directement vécu. Il s'agit donc de « créer des situations », d'où le nom de situationnisme.

Cela dit, beaucoup de surréalistes se sont aussi assez rapidement démarqués du communisme, notamment à partir des années 1950 et des révélations sur le totalitarisme stalinien.

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