Cours de philosophie

Programme de terminale

Sujets Bac philo 2009

Sujets et corrigés du bac de philosophie de juin 2009
Séries générales (L, S, ES) et techniques (STI, STT, STG, STL)

Séries L (séries littéraires)

Sujet 1 : L'objectivité de l'histoire suppose-t-elle l'impartialité de l'historien ?

éléments de correction

A priori, oui, évidemment.

La question est de savoir quelles sont les manières de répondre que non.

  • Première idée : les partialités des historiens, en s'opposant et en se contredisant, mèneront à l'avènement de la vérité. On peut utiliser ici Hegel avec la notion de dialectique. Critiques nombreuses et faciles.
  • Autre idée : il se pourrait que l'historien, tout en étant partial, accède à l'objectivité. Nous avons l'habitude de penser que non. Et pourtant... on pourrait développer ici l'idée que la partialité révèle une vérité aussi... mais partiale !
  • Finalement il faut interroger le lien entre objectivité et partialité : peut-on être à la fois partial et objectif ? C'est ici que ça commence à devenir intéressant !

Sujet 2 : Le langage trahit-il la pensée ?

éléments de correction

Voici un sujet classique !

Aussi me contenterai-je de renvoyer au cours sur le langage. Pour le dire en quelques mots :

Oui, le langage trahit la pensée :

  • La langue découpe le réel en concepts, mots. Par conséquent elle impose un cadre à la pensée. Le passage de la pensée au langage implique nécessairement une transformation, une déformation. (Nietzsche, Sartre)
  • Chez Nietzsche cette critique du langage rejoint la critique de la conscience : de manière générale le passage de l'inconscient à la conscience implique toujours déformation, corruption, falsification, superficialisation et généralisation...
  • Chaque langue contient les préjugés d'une culture et influence insidieusement notre pensée. Il y a un inconscient collectif contenu dans la langue (bien distinguer langue et langage !) qui agit sur nous à notre insu. Nous sommes parlés par la lange, par notre culture, par notre idéologie, par le spectacle... Nous sommes des marionnettes dans les mains de la langue qui guide notre pensée pas à pas...
  • A titre d'exemple on peut évoquer les différentes catégories conceptuelles des différents peuples... Ainsi les fameux Inuits qui disposent d'une dizaine de mots correspondant à autant de nuances de blanc.

Non, le langage ne trahit pas la pensée, au contraire :

  • Hegel : le langage est l'aboutissement de la pensée. Sans lui il n'y a pas vraiment de pensée, il n'y a que le brouillard et la confusion de l'inconscient.
  • Le langage permet de dire clairement ce que l'on pense et de préciser notre pensée. Exemples concrets (écrire une lettre, une dissertation de philosophie, discuter avec un ami, etc.). Au-delà, le langage permet de savoir ce que l'on pense, d'élaborer notre pensée elle-même. Celle-ci ne préexisterait pas au langage, ce serait une sorte d'illusion rétrospective que de croire qu'il existait quelque chose avant que nous ayons parlé.
  • Il est facile de montrer, plus généralement, que c'est de la faculté de langage que nous tirons notre intelligence pour sa majeure partie... bien qu'une pensée sans langage soit également concevable, en particulier si on ancre la pensée dans l'action : ainsi savoir se comporter, agir et réagir, c'est déjà une forme de pensée, prélinguistique et préconceptuelle... En fait, on aboutirait ici à montrer que action et perception sont déjà, par elles-mêmes, conceptuelles. Pour poursuivre l'analsye il faut alors définir et circonscrire clairement les notions de langage et de pensée...

Sujet 3 : Texte de Schopenhauer sur le bonheur et le désir

La satisfaction, le bonheur, comme l'appellent les hommes, n'est au propre et dans son essence rien que de négatif, en elle, rien de positif. Il n'y a pas de satisfaction qui, d'elle-même et comme de son propre mouvement, vienne à nous, il faut qu'elle soit la satisfaction d'un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or, avec la satisfaction cesse le désir, et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne sauraient être qu'une délivrance à l'égard d'une douleur, d'un besoin, sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l'existence un fardeau. Maintenant, c'est une entreprise difficile d'obtenir, de conquérir un bien quelconque , pas d'objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin, Sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l'objet atteint, qu'a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s'être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d'être revenu à l'état où l'on se trouvait avant l'apparition de ce désir. Le fait immédiat pour nous, c'est le besoin tout seul, c'est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu'indirectement : il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passées, qu'elles ont chassées tout d'abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n'en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas, il nous semble qu'il n'en pouvait être autrement, et en effet, tout le bonheur qu'ils nous donnent, c'est d'écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre, pour en sentir le prix, le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s'offre à nous.
Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation (Livre IV, §58)

Séries ES (séries économique et sociale)

Sujet 1 : Que gagne-t-on à échanger ?

éléments de correction

Beaucoup de choses :

  • Des marchandises et de l'argent (évidemment...). Ce n'est d'ailleurs pas si évident : ici il faut expliquer pourquoi l'échange enrichit, et éventuellement (en passant) se demander si c'est juste et réciproque. (Aristote : c'est injuste, l'échange qui vise le profit est blâmable car ce n'est pas sa fonction ; Ricardo : l'enrichissement est réciproque (théorie des avantages comparatifs).) Pour préciser un peu, montrons que cette richesse peut être :
    • Une marchandise ou valeur échangée directement (mais alors on a cédé quelque chose en échange... seule une théorie subjective de la valeur peut alors montrer qu'il y a enrichissement mutuel).
    • Une plus-value. Ici le gain lié à un achat suivi d'une vente avec profit. Philosophiquement, on peut considérer que la valeur gagnée vient ici encore d'un jeu (voire une spéculation) sur la subjectivité de la valeur (on a acheté bon marché, à quelqu'un pour qui la marchandise avait peu de valeur ; on la revend à une personne pour qui elle a une plus grande valeur). Mais on peut aussi y voir la rémunération d'un travail consistant à acheminer les ressources vers les emplois, l'offre vers la demande : ce qui contribue à reconnaître que le commerçant joue un rôle propre, un rôle d'organisation, extrêmement utile à une société et d'ailleurs rémunéré en conséquence (ici on peut donner une critique directe de la vision d'Aristote).
  • L'humanité. Idée que les échanges font les hommes. Nombreux exemples :
    • Echanges de signes : ici, analyse du langage. Il structure l'esprit, développe l'intelligence, humanise. Dimension fondamentale de l'être humain. Contre-exemple : l'enfant sauvage (ex : Victor de l'Aveyron). On peut mentionner ici Benveniste et sa critique du cogito cartésien.
    • Echanges de sentiments. Fondamental pour la construction de soi. Pensons à Hegel et à son idée d'une lutte des consciences pour la reconnaissance, pour obtenir l'amour des autres (désir du désir de l'autre) qui seul me donne une valeur. Etre humain, c'est être reconnu comme tel par autrui.
    • De manière connexe, l'idée très actuelle de la « reconnaissance sociale » que donne le travail, ou plus exactement un emploi reconnu socialement.
    • Echanges culturels en général, qui nous enrichissent et développent notre humanité.
  • La paix. Un des enseignements essentiels de l'histoire récente (deux derniers siècles) est que les échanges favorisent la paix en introduisant une interdépendance entre les contractants.

Il serait ensuite intéressant de critiquer tous ces discours convenus et dominants. Et si on ne gagnait rien du tout à échanger ? En particulier, si toute la pseudo « reconnaissance sociale » n'était qu'une mauvaise plaisanterie, une aliénation et surtout un discours visant à tenir chacun en bride ? Pour cette critique on peut s'appuyer sur Marx, Nietzsche et Freud.

Sujet 2 : Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

éléments de correction

Une idée directrice serait de dire que non : le développement technique change tout, sauf les hommes. La nature humaine ne changerait pas, elle resterait constant au cours des siècles, les hommes ayant toujours les mêmes passions et ne s'élevant pas moralement ni même intellectuellement.

  • En revanche, le développement technique changerait le cadre dans lequel les hommes évoluent, ce qui se traduirait tout de même par des conséquences existentielles : en particulier, la technique modifie la politique (pensons à la guerre, au biopouvoir), elle modifie l'art, elle modifie surtout nos connaissances, elle peut enfin modifier nos comportements, nos modes de vie, et par conséquent notre sensibilité et notre moralité (on ne parle pas ici d'une élévation mais d'un changement des morales en fonction des connaissances et progrès techniques).

On peut appliquer l'analyse marxiste et l'idée que l'infrastructure détermine la superstructure, c'est-à-dire que l'état matériel de la société détermine son idéologie. On expliquerait ainsi le passage de l'idéologie religieuse (Moyen Age) à l'idéologie des droits de l'homme (Révolution française), puis à l'hédonisme matérialiste (mai 68), puis au bouddhisme environnementaliste (années 2000)...

  • Au-delà, l'analyse marxiste imagine que le progrès technique produira un bouleversement radical de l'humanité : effondrement de l'Etat et de la propriété privée, et avènement du communisme.

Pour Rousseau toutefois, le développement technique a plutôt tendance à corrompre les hommes qu'à les améliorer. Il les transforme donc, mais dans le mauvais sens. On retrouve la même idée chez Platon (qui critiquait l'écriture en disant qu'elle affaiblirait la mémoire des hommes) et chez Montaigne (qui affirme que les vêtements diminuent notre résistance naturelle, et critique d'une manière générale la civilisation qui nous éloigne du chemin de la nature).

Pour aborder le sujet plus profondément il faut s'interroger sur ce que signifie « transformer les hommes »... On pourra sans doute distinguer des niveaux de transformations, plus ou moins superficielles... A l'horizon se pose la question de la nature humaine : y a-t-il une nature humaine ? Peut-on définir l'homme ?

On connaît la réponse de l'existentialisme de Sartre : il n'y a pas de nature humaine, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait... Cela signifie probablement que le développement technique peut radicalement transformer l'homme, notamment par l'intermédiaire de ce que Sartre appelait le « pratico-inerte » : tous ces objets autour de nous qui incarnent des pensées, dispositions, volontés, et dictent nos comportements... Il est facile d'introduire ici une analyse des dispositifs (urbanisme, architecture, agencements intérieurs) qui impliquent des comportements. De manière plus générale Baudrillard montre comment le fait de vivre dans un monde d'objets techniques nous transforme nous-mêmes en machines peu à peu.

Une manière de traiter ce sujet en rapport avec l'actualité serait d'analyser, par exemple, les technologie de communication. Censées rapprocher les hommes, elles contribuent aussi à les séparer et on peut y voir des technologies de distanciation (envoyer un mail ou un SMS pour ne pas se parler directement, etc.). Pour rendre ces analyses pertinentes, toutefois, il faut leur donner une certaine profondeur (montrer en quoi ces technologies transforment – ou ne transforment pas – l'homme lui-même).

Sujet 3 : Texte de Locke :

Quant à savoir s'il existe le moindre principe moral qui fasse l'accord de tous, j'en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l'histoire de l'humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique1 universellement acceptée sans doute ni problème aucuns, comme devrait l'être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l'accord du plus grand nombre ; c'est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l'abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux. Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des Lois de Nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique. La Justice et la Vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l'équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu'ils acceptent et reconnaissent ?
Essai sur l'entendement humain, John Locke

1 Qui concerne la pratique, l'action, la morale, par opposition aux vérités théoriques.

Séries S (séries scientifiques)

Sujet 1 : Est-il absurde de désirer l'impossible ?

éléments de correction

A première vue, oui, évidemment : si on désire, n'est-ce pas pour atteindre le but, l'objet, le résultat ? Mais on peut remettre en cause cette idée naïve :

I. Il est absurde de désirer l'impossible car le but du désir est sa réalisation

Nous pensons naturellement que le désir vise un objet. Si c'est le cas, il est absurde de désirer l'impossible : c'est se condamner à l'échec et à la frustration.

  • Si on admet que le but du désir est d'être assouvi, alors il est clair que l'éthique commandera de n'avoir que des désirs réalistes. Ainsi Epicure recommande de faire le tri entre les désirs possibles et impossibles pour ne chercher à satisfaire que les premiers, et même, parmi ceux-ci, les plus simples, ceux qui sont naturels et nécessaires (boire, manger, dormir).
  • C'est de cette idée que découle l'éthique stoïcienne : distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas pour concentrer notre pensée sur ce qui est possible, ce qui est en notre pouvoir. Ainsi on se rend indépendant des contingences extérieures, et en plaçant le bonheur dans la vertu on est certain de l'atteindre...
  • L'idée sous-jacente est que le bonheur n'est pas de désirer, mais d'être satisfait. Car le désir est trouble, et le bonheur est dans le repos. Ainsi, pour les bouddhistes, le but de la vie est de cesser de désirer pour atteindre ce nirvana que les philosophes grecs appelaient ataraxie (absence de troubles).

II. Il n'est pas absurde de désirer l'impossible car le vrai but du désir, c'est le désir lui-même

Nous pouvons remettre en cause le présupposé de la partie précédente : le véritable but du désir n'est pas son objet (il n'est qu'un prétexte, un objectif superficiel), mais de continuer à désirer. Le désir est une fin en soi.

  • Désirer l'impossible peut nous tirer en avant. En visant l'impossible, on ira plus loin que si on se limite d'avance à ce qui nous paraît possible. « Das Ewigweibliche zieht uns hinan » (Goethe) (L'éternel féminin nous tire vers le haut, nous élève.)
  • D'ailleurs on ne sait même pas ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. Dans le doute, désirons tout ! Tant de belles choses sont rendues impossibles uniquement parce que nous croyons qu'elles sont impossibles...
  • On pourrait même dire que désirer l'impossible est un devoir : car notre devoir est de désirer l'Idéal, l'Absolu (Dieu), qu'il s'agisse de de Justice (le Bien), de Beauté ou de Vérité. Ainsi Platon n'hésite pas à défendre le mensonge politique pour pousser les hommes à désirer ce qui est peut-être impossible, car c'est un devoir éthique : ainsi faut-il dire que le juste est heureux ; pour la même raison il faudrait croire au jugement dernier et à la vie après la mort... On retrouve ces idées chez Kant.
  • Au plan psychanalytique, on peut avancer l'idée qu'il nous est absolument nécessaire de désirer l'impossible : car atteindre l'objet du désir, ce serait mourir. Vivre c'est désirer. Ce qu'il nous faut c'est pouvoir désirer sans fin, c'est être sûrs de ne jamais atteindre l'objet fondamental de notre désir. L'homme qui ne désire plus peut mourir. Ici on pourrait distinguer l'objet fondamental du désir et des objets superficiels : ceux-ci peuvent être atteints sans risque, mais non celui-là.
    • Cette idée permet encore d'interpréter la religion comme un dispositif qui, en donnant un objet inaccessible à notre désir (Dieu, la perfection), nous assure de pouvoir désirer (et donc vivre) tranquillement toute notre vie...
    • Les psychanalystes et les poètes ont développé cette idée que la jouissance serait la mort, et que par conséquent elle doit toujours être différée, remise à plus tard. La frustration serait la condition de la vie !

Conclusion : il est inutile de désirer l'impossible : le possible est bien assez vaste pour nous combler, et il y a peu de danger d'en épuiser les ressources !


Sujet 2 : Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

éléments de correction

Ici deux grands points de vue s'opposent : d'une part l'idée qu'il y a des vérités métaphysiques, c'est-à-dire au-delà de l'expérience (au-delà de la physique) et donc qui échappent, par principe, à la science.

  • Par exemple les idées religieuses : l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme.
  • Mais aussi des idées philosophiques : l'origine du monde, la liberté de l'homme, le sens de l'histoire...

D'autre part l'idée de Wittgenstein selon laquelle « Toute question qui peut être posée peut aussi recevoir une réponse » (scientifique) : si la question ne peut recevoir de réponse c'est qu'elle est mal posée, qu'elle n'a pas de sens.

  • Cette idée procède d'une conception particulière du rapport entre le langage et le monde : le langage serait comme un tableau censé correspondre aux faits du monde par un isomorphisme (analogie formelle), exactement comme le tableau du peintre représente le paysage en en reproduisant la structure. Dans le monde il n'y a que des faits ; toute proposition ayant un contenu correspond à un fait ; par conséquent tout ce qui a un sens est vérifiable scientifiquement. « Il n'y a pas de proposition philosophique »...

Une étape importante sera de définir la science : pourquoi la métaphysique et la théologie ne sont-elles pas des sciences ? On pourrait admettre de définir la science par le recours à l'expérience. La question est alors de savoir s'il y a véritablement des connaissances qui échappent au champ de l'expérience... Pour Peirce et les positivistes, ce n'est pas le cas, car toute idée, si elle a un sens, se ramène à une expérience. Tout ce que nous pouvons penser correspond nécessairement à une expérience possible.

Sujet 3 : Texte de Tocqueville sur l'intérêt général et l'intérêt particulier

Les affaires générales d'un pays n'occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu'ensuite ils se perdent de vue, il ne s'établit pas entre eux de liens durables. Mais, quand il s'agit de faire régler les affaires particulières d'un canton par les hommes qui l'habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.
On tire difficilement un homme de lui-même pour l'intéresser à la destinée de tout l'État, parce qu'il comprend mal l'influence que la destinée de l'État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d'un premier coup d'œil qu'il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu'on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l'intérêt particulier à l'intérêt général.
C'est donc en chargeant les citoyens de l'administration des petites affaires, bien plus qu'en leur livrant le gouvernement des grandes, qu'on les intéresse au bien public et qu'on leur fait voir le besoin qu'ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.
On peut, par une action d'éclat, captiver tout à coup la faveur d'un peuple ; mais, pour gagner l'amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une représentation bien établie de désintéressement.
Les libertés locales, qui font qu'un grand nombre de citoyens mettent du prix à l'affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s'entraider.
Alexis de Tocqueville (1835-1840), De la démocratie en Amérique

éléments de correction

Voilà un texte pas facile à expliquer... en partie parce qu'il est trop simple : que dire d'intelligent et de pertinent là-dessus ?

Une manière d'y parvenir malgré tout est de s'interroger sur le problème que ce texte vise à résoudre : c'est le problème du lien social, du rapport entre l'intérêt général et l'intérêt particulier, du lien entre l'individu et la collectivité. Grand problème du XIXe siècle, que chacun a tenté de résoudre à sa manière, la question étant de savoir ce qui remplacerait la religion pour assurer ce lien social (Smith : le marché, les intérêts et la main invisible ; Comte : des gestionnaires technocrates ; Freud : le surmoi ; Hegel ; le besoin de reconnaissance ; etc.).

L'idée générale de Tocqueville est que la disparition des anciennes hiérarchies laisse un vide qui doit être comblé, sans quoi on verra les individus se replier sur eux-mêmes. Or cet individualisme fait peser la menace d'un totalitarisme sur l'ensemble de la population.

Une des manières d'éviter ce problème est d'introduire des échelons intermédiaires entre l'individu et l'Etat. Ainsi les communautés favorisent, comme aux Etats-Unis, le bon fonctionnement de la démocratie ent intéressant chaque citoyen aux questions publiques qui le concernent d'assez près.

Il faut ensuite expliquer le texte en détail et s'efforcer d'en mettre à jour la logique. La grande clarté du texte rend cet exercice délicat, et oblige à aller au-delà et à trouver des choses à dire pour enrichir l'analyse... De plus il est bien difficile de critiquer la thèse de l'auteur.

Séries T
(séries techniques : STI, STT, STG, STL)

Sujet 1 : Peut-on être sûr d'avoir raison ?

éléments de correction

C'est la question de la certitude : y a-t-il des certitudes ?

Il faut distinguer les types de certitudes (et de connaissance) et faire varier la réponse en fonction.

  • Certitude intellectuelle, scientifique. Ici on peut distinguer deux cas :
    • Certitude sensible : puis-je être sûr que ceci est ma main ? C'est la chose la plus évident qui soit, la plus certaine qui soit. Et pourtant les sens sont parfois trompeurs, je pourrais être en train de rêver, peut-être que tout ceci (ce monde...) n'est qu'un rêve (cf. le film Matrix ou l'allégorie de la caverne de Platon).
    • Certitude intellectuelle, logique : c'est là un autre fondement majeur de toutes nos idées, y compris scientifiques. Ici encore ces idées semblent indubitables : par exemple, je suis sûr qu'une chose est identique à elle-même (principe d'identité) ou qu'on ne peut affirmer à la fois une chose et son contraire (principe de contradiction) ou encore que deux et deux font quatre (évidence logico-mathématique)... Mais ici encore, malgré toute l'évidence du monde il arrive de se tromper. Exemple célèbre : la géométrie euclidienne ne correspond pas au monde...
  • Certitude existentielle ou religieuse, acte de foi. C'est un type de certitude fondamentalement différent, qui ne repose plus sur l'entendement mais sur le sentiment, ce que Pascal appelait le cœur. Ce type de certitude est encore bien plus discutable que les précédents, sauf à l'interpréter, précisément, non comme une affirmation théorique mais comme une attitude existentielle qui relève davantage du sentiment que de l'idée.

Y a-t-il donc un critère du vrai, comme une marque que porteraient certaines idées et qui nous garantirait leur justesse ? Malheureusement, il est probable que non. En revanche, on pourrait proposer d'utiliser un critère popperien : s'il est bien difficile d'être sûr que l'on a raison, on peut en revanche parfois être sûr de s'être trompé. Toute idée serait donc comme les théories scientifiques : une hypothèse en sursis.

Sujet 2 : La technique s'oppose-t-elle à la nature ?

éléments de correction

Voici un sujet un peu inhabituel. On a surtout l'habitude de traiter : La culture s'oppose-t-elle à la nature ?, ce qui est assez facile : d'un côté oui, car par définition la culture se démarque de la nature ; mais d'un autre côté la culture est le prolongement de la nature, par exemple l'éducation de l'homme lui permet de développer ses facultés naturelles.

On pourra procéder de manière analogue ici :

  • A première vue la technique s'oppose à la nature, par définition.
    • Ainsi les taoïstes critiquent la technique et préconisent de suivre la voie de la nature. De même pour Diogène le Cynique, qui voulait vivre comme un chien...
    • La technique moderne surtout s'oppose à la nature, car elle constitue un arraisonnement de la nature (Heidegger), c'est-à-dire une tentative de la dominer, de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes).
    • La catastrophe écologique qui menace actuellement l'humanité est le signe et la conséquence de cette opposition et de ce déséquilibre entre homme et nature.
  • A contrario, on peut penser que les techniques primitives ne sont pas en opposition avec la nature. Ce ne serait donc pas toute technique qui est en opposition avec la nature mais seulement certaines techniques. Ainsi les tribus d'Amazonie utilisent bien des techniques mais vivent en harmonie avec leur environnement.
  • Au-delà, on peut voir dans la technique (comme dans la culture en général) un moyen non pas de nier la nature mais de la sublimer, de l'élever, d'en révéler les possibilités :
    • Ainsi un avion révèle et exploite des possibilités naturelles, celles de la portance...
    • De même la technique d'un sportif ou d'un artiste (musicien...) permet à ses talents naturels de s'épanouir au mieux.

Finalement la difficulté du sujet vient de l'ambiguïté du concept de nature. C'est ce concept qu'il faut analyser pour progresser dans la réflexion.

Sujet 3 : Texte de Locke sur la liberté

La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu'à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S'ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s'évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte de sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n'est pas d'abolir ou de restreindre mais de préserver et d'élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d'après des lois, là où il n'y pas de lois, il n'y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu'il n'y a point de loi ; mais la liberté n'est pas ce que l'on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qu'il lui plaît (car qui peut être libre quand n'importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c'est une liberté de disposer et d'ordonner comme on l'entend sa personne, ses actions, ses biens, et l'ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté.
John Locke

Questions :
1. Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.
2 a) Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s'oppose dans ce texte.
2 b) En vous appuyant sur l'image de la ligne 4, expliquez « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts »
2 c) Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.
3 La loi est-elle la condition de la liberté ?

éléments de correction

Ce texte est assez facile : l'idée principale qu'il fallait en dégager est cette idée classique : la loi n'est pas un obstacle à la liberté, mais la condition de la vraie liberté. L'argument classique principal étant : car les lois sont la condition de la sécurité, et la sécurité est la condition de la liberté. La difficulté était d'aller plus loin que cela. Pour cela, plusieurs possibilités :

  • Expliquer le texte en détail. Cela devrait toujours être fait quand on est face à une explication de texte ! Par exemple :
    • Expliquer comment la loi nous guide vers notre intérêt véritable en donnant des exemples, par exemple la loi qui oblige à mettre sa ceinture ou qui interdit la drogue, limite l'alcool et le tabac, etc. Et bien sûr aussi les lois qui nous empêchent de commettre des injustices ou de faire violence à autrui.
    • Développer l'idée que pour les agents intelligents la loi n'est pas une privation de liberté (car ils sont assez intelligents pour chercher d'eux-mêmes leur véritable intérêt).
    • Expliquer d'autres idées du texte, comme l'idée que si les lois étaient nuisibles elles auraient disparu...
  • Expliquer quelles sont les libertés collectives positives que la loi rend possible (ce qui permet d'expliquer le mot « élargir ») : ex :
    • La liberté de commercer et d'entreprendre, qui repose sur le respect des contrats, donc sur le respect de la loi.
    • De même un jeu (ex : un match de foot) n'est possible que si on respecte les règles.
  • Enfin, il était possible de critiquer le texte, car Locke semble nous dire que toute loi est nécessairement libératrice. Or n'y a-t-il pas des lois scélérates, racistes, ou oppressives, qui ne libèrent aucunement le peuple mais le tiennent au contraire en esclavage ? On pourrait donc objecter à Locke que toute loi n'est pas libératrice, et que la loi n'est bonne qu'à certaines conditions : par exemple, la démocratie (Rousseau) et la séparation des pouvoirs (Montesquieu) sont des garanties importantes contre les excès de la loi.

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