Cours de philosophie

Programme de terminale

Sujets Bac philo 2010

Sujets et corrigés du bac de philosophie de juin 2010
Séries générales (L, S, ES) et techniques (STI, STT, STG, STL)

Voici les sujets tombés au bac de philo 2010 :

NB : tous ces textes (et sujets de dissertation) sont disponibles sur cette page, qui contient toutes les annales du bac depuis 1999.

Séries S (séries scientifiques)

Sujet 1 : L'art peut-il se passer de règles ?

éléments de correction

  • Non, l'art doit forcément suivre des règles car :
    • L'art est matériel. Pour réussir en art il faut maîtriser la matière. Donc avoir une technique. Donc suivre certaines règles.
      Exemple : un architecte doit respecter certaines règles pour que le bâtiment ne s'effondre pas (ex. de Brunelleschi).
    • La beauté elle-même est définie par des règles (les canons de la beauté, le nombre d'or donnant la proportion idéale, règles d'harmonie en musique, etc.). Donc pour atteindre la beauté il faut suivre des règles.
    • Il existe même des règles culturelles et des codes propres à chaque époque que l'artiste doit respecter s'il veut plaire à son public. Par exemple l'unité de temps, de lieu et d'action au théâtre.
  • Transition : mais faut-il vraiment suivre toutes ces règles ? L'artiste n'y perd-il pas sa liberté et sa créativité ? Molière lui-même rejetait les règles et disait que la seule règle est de plaire !
  • Oui, l'art peut se passer de règles car :
    • Même s'il y a certaines règles de base pour maîtriser les techniques utilisées par l'artiste, celui-ci se distingue de l'artisant précisément parce qu'il a si bien interiorisé ces règles qu'il les oublie, elles disparaissent.
    • On pourrait donc dire qu'il y a des règles, mais qu'elles sont invisiblesn, et mystérieusement connues par le génie de façon innée (Kant : le génie est le don inné de l'esprit par lequel la nature donne ses règles à l'art).
    • Finalement l'artiste a besoin de règles mais il doit aussi savoir les dépasser. L'art est le lieu où les règles sont dépassées, sublimées, que ce soit par un don inné ou par le travail.
    • On peut même considérer que l'art est en quelque sorte créateur de règles. (L'œuvre d'art comme modèle qui donne une règle implicite, exemplaire (Kant).
  • Conclusion : l'art nous invite à nous interroger sur la notion de règle. La règle, une fois intériorisée, est-elle toujours une règle ?
    L'art n'est pas le chaos, il présente une harmonie réglée, mais de telle sorte que la règle elle-même est invisible. C'est cette disparition d'une règle pourtant présente qui fait la beauté.

Sujet 2 : Dépend-il de nous d'être heureux ?

éléments de correction

  • En un sens non, car :
    • Le bonheur est en grande partie une question de chance (étymologiquement bon heur = bonne chance) : notre lieu de naissance, notre famille, notre santé, notre richesse, sont autant d'éléments qui ne dépendent pas de nous et qui sont essentiels au bonheur.
    • Même si le bonheur ne dépend pas de ces choses-là, mais de notre tempérament, c'est encore une question de chance car notre tempérament ne dépend pas de nous !
  • Mais en un sens oui :
    • En effet les éléments que nous avons cités dépendent en grande partie de nous, on peut agir dessus. Exemples : notre santé (par l'hygiène), notre richesse (par le travail).
    • Et surtout le bonheur dépend de beaucoup de choses qui dépendent de nous, pour peu que nous sachions attacher plus de prix à notre vertu, à nos efforts, qu'au hasard.
    • Finalement si nous sommes capables de suivre la leçon des stoïciens et de n'accorder de valeur qu'à ce qui dépend de nous, alors notre bonheur dépendra complètement de nous. Nous serons parfaitement libres.
  • En conclusion (ou en troisième partie) on pourrait s'interroger sur la question suivante : dépend-il de nous de pouvoir nous convertir au stoïcisme ? On pose alors la question de la liberté intérieure... (Attention à ne pas s'y embourber !)

NB : pour plus d'éléments sur ce sujet, consultez le corrigé du sujet très similaire : Le bonheur est-il une question de chance ? (à télécharger au format Word).

Sujet 3 : Texte de Hobbes

L’ignorance des causes et de la constitution originaire du droit, de l’équité, de la loi et de la justice conduit les gens à faire de la coutume et de l’exemple la règle de leurs actions, de telle sorte qu’ils pensent qu’une chose est injuste quand elle est punie par la coutume, et qu’une chose est juste quand ils peuvent montrer par l’exemple qu’elle n’est pas punissable et qu’on l’approuve. […] Ils sont pareils aux petits enfants qui n’ont d’autre règle des bonnes et des mauvaises manières que la correction infligée par leurs parents et par leurs maîtres, à ceci près que les enfants se tiennent constamment à leur règle, ce que ne font pas les adultes parce que, devenus forts et obstinés, ils en appellent de la coutume à la raison, et de la raison à la coutume, comme cela les sert, s’éloignant de la coutume quand leur intérêt le requiert et combattant la raison aussi souvent qu’elle va contre eux. C’est pourquoi la doctrine du juste et de l’injuste est débattue en permanence, à la fois par la plume et par l’épée. Ce qui n’est pas le cas de la doctrine des lignes et des figures parce que la vérité en ce domaine n’intéresse pas les gens, attendu qu’elle ne s’oppose ni à leur ambition, ni à leur profit, ni à leur lubricité. En effet, en ce qui concerne la doctrine selon laquelle les trois angles d’un triangle sont égaux à deux angles d’un carré, si elle avait été contraire au droit de dominer de quelqu’un, ou à l’intérêt de ceux qui dominent, je ne doute pas qu’elle eût été, sinon débattue, en tout cas éliminée en brûlant tous les livres de géométrie, si cela eût été possible à celui qui y aurait eu intérêt.
Hobbes, Léviathan

Séries ES (séries économique et sociale)

Sujet 1 : Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ?

éléments de correction

  • Oui car :
    • Toute idée peut être dangereuse. Même une vérité. Exemple bizarres.
    • Une vérité scientifique peut être d'autant plus dangereuse qu'elle donne du pouvoir.
      Exemple des vérités de la science physique qui rendent possible la bombe atomique.
    • Une vérité scientifique peut aussi être dangereuse en imposant subrepticement un point de vue qu'elle n'implique pas forcément.
      Exemple des OGM : on pourrait refuser d'en consommer même s'ils ne s'avèrent pas cliniquement néfastes pour l'organisme.
  • Non car :
    • La vérité n'est jamais dangereuse. Il faut toujours y faire face et l'accepter.
    • Au contraire, la vérité nous aide car elle nous renseigne sur la réalité, donc sur le danger, et nous aide donc à nous défendre face à celui-ci.
    • Loin d'être dangereuse, une vérité scientifique, par sa forme même (vérification et protocole expérimental) repose sur les idées d'échange, d'égalité et de dialogue entre les hommes. On pourrait donc dire qu'une vérité scientifique, contrairement par exemple aux thèses religieuses, ne saurait être dangereuse politiquement car elle est toujours fondamentalement universelle et démocratique.

Sujet 2 : Le rôle de l'historien est-il de juger ?

éléments de correction

  • Non :
    • A première vue l'historien est un scientifique qui doit se contenter de décrire les faits.
    • S'il juge il devient partial et ne peut plus exercer sa mission avec objectivité.
  • Oui :
    • Mais à quoi bon l'objectivité, sinon pour se faire une idée, c'est-à-dire juger ?
      A cela on peut objecter que l'historien établit les faits, puis que le citoyen ou l'homme politique les juge, mais que l'historien ne doit pas franchir ce pas.
    • On peut toutefois défendre la notion de l'historien engagé (comme, de manière plus générale, la notion du scientifique engagé).

Sujet 3 : Extrait de l'Education morale d'Emile Durkheim :

La morale de notre temps est fixée dans ses lignes essentielles, au moment où nous naissons ; les changements qu’elle subit au cours d’une existence individuelle, ceux, par conséquent, auxquels chacun de nous peut participer sont infiniment restreints. Car les grandes transformations morales supposent toujours beaucoup de temps. De plus, nous ne sommes qu’une des innombrables unités qui y collaborent. Notre apport personnel n’est donc jamais qu’un facteur infime de la résultante complexe dans laquelle il disparaît anonyme. Ainsi, on ne peut pas ne pas reconnaître que, si la règle morale est oeuvre collective, nous la recevons beaucoup plus que nous ne la faisons. Notre attitude est beaucoup plus passive qu’active. Nous sommes agis plus que nous n’agissons. Or, cette passivité est en contradiction avec une tendance actuelle, et qui devient tous les jours plus forte, de la conscience morale. En effet, un des axiomes fondamentaux de notre morale, on pourrait même dire l’axiome fondamental, c’est que la personne humaine est la chose sainte par excellence ; c’est qu’elle a droit au respect que le croyant de toutes les religions réserve à son dieu ; et c’est ce que nous exprimons nous-mêmes, quand nous faisons de l’idée d’humanité la fin et la raison d’être de la patrie. En vertu de ce principe, toute espèce d’empiètement sur notre for intérieur nous apparaît comme immorale, puisque c’est une violence faite à notre autonomie personnelle. Tout le monde, aujourd’hui, reconnaît, au moins en théorie, que jamais, en aucun cas, une manière déterminée de penser ne doit nous être imposée obligatoirement, fût-ce au nom d’une autorité morale.

Séries L (séries littéraires)

Sujet 1 : La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ?

éléments de correction

  • Oui :
    • La vérité est une valeur en soi, que nous poursuivons spontanément, instinctivement.
    • La recherche de la vérité est collective, réalisée par le monde scientifique. N'étant pas individuelle elle ne saurait être intéressée.
      Mais les groupes humains aussi ont des intérêts.
  • Non :
    • De manière générale rien n'est désintéressé.
    • Il n'y a pas de volonté naturelle de savoir le vrai, la volonté de savoir est une modalité de la volonté, bien plus profonde, de ne pas savoir (Nietzsche).
    • Un œuil sans volonté ne verrait rien. Le désir est la projection qui rend possible quelque chose comme la vision, l'entente, la compréhension (Nietzsche, Heidegger). Il n'y a de connaissance qu'en situation et pour une volonté.

Sujet 2 : Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?

éléments de correction

  • Oui :
    • Car pour construire il faut détruire. L'oubli est essentiel (Nietzsche).
    • Si on retient tout le passé cela impressionne, déprime, décourage... pour agir il faut un peu d'ignorance(Nietzsche)
  • Non :
    • Tirer les leçons du passé évite de les reproduire. Mais l'expérience est une lanterne dans le dos, elle n'éclaire que le chemin parcouru (Confucius).
    • C'est même vrai au plan psychologique : il faut se remémorer les traumatismes refoulés pour en guérir et pouvoir vivre normalement (Freud).
    • Il faut se souvenir du passé pour avoir une identité et donc pouvoir s'affirmer et agir.

Sujet 3 : Extrait de la Somme théologique de Saint-Thomas d'Aquin

Séries T
(séries techniques : STI, STT, STG, STL)

Sujet 1 : L'art peut-il se passer d'une maîtrise technique ?

Cf. le corrigé du sujet 1 des séries scientifiques.

Sujet 2 : Une vie heureuse est-elle une vie de plaisirs ?

  • Oui :
    • Le bonheur, c'est le plaisir (Calliclès).
    • Le bonheur c'est la joie, donc le plaisir (Spinoza).
    • Le bonheur est dans l'obtention de satisfactions psychiques (Freud).
  • Non :
    • Le bonheur ne se réduit pas au plaisir.
    • Celui qui cherche le plaisir toute sa vie ne sera pas heureux.
      Métaphore : tonneau des Danaïdes (image de Platon).
    • Le bonheur n'est pas dans le plaisir mais dans l'effort, la vertu (stoïciens).
    • Le bonheur est dans la morale, la dignité, ce qui signifie parfois même la souffrance (Kant, christianisme).
  • Conclusion : il faut nuancer les thèses trop extrêmes. Les moralistes nous conseillent de placer notre bonheur dans la vertu seulement, mais il faut reconnaître que le plaisir y contribue aussi ! (Aristote)

Sujet 3 : Texte de Spinoza sur la liberté et la loi

La communauté politique la plus libre est celle dont les lois s'appuient sur la saine raison. Car, dans une organisation fondée de cette manière, chacun, s'il le veut, peut être libre, c'est-à-dire s'appliquer de tout son cœur à vivre raisonnablement. De même, les enfants, bien qu'obligés d'obéir à tous les ordres de leurs parents, ne sont cependant pas des esclaves ; car les ordres des parents sont inspirés avant tout par l'intérêt des enfants. Il existe donc selon nous une grande différence entre un esclave, un fils, un sujet, et nous formulerons les définitions suivantes : l'esclave est obligé de se soumettre à des ordres fondés sur le seul intérêt de son maître ; le fils accomplit sur l'ordre de ses parents des actions qui sont dans son intérêt propre ; le sujet enfin accomplit sur l'ordre de la souveraine Puissance* des actions visant à l'intérêt général et qui sont par conséquent aussi dans son intérêt particulier.
Spinoza
* la souveraine Puissance : l'instance qui détient l'autorité politique.

1. Dégagez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.
2. a) Montrez en quoi l'obéissance de l'enfant et du sujet se distingue de l'obéissance de l'esclave.
b) Pourquoi le sujet agit-il « aussi dans son intérêt particulier » lorsqu'il accomplit « des actions visant à l'intérêt général » ?
c) Quelle est la définition de la liberté sur laquelle s'appuie l'argumentation de Spinoza ? Expliquez-la en vous servant des exemples du texte.
3. Est-on d'autant plus libre que les lois auxquelles on obéit s'appuient sur la raison ?
Spinoza

Questions :

éléments de correction

Vous trouverez une correction d'un texte similaire ici (document Word à télécharger).

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