Cours de philosophie

Programme de terminale

L'art

En guise d'introduction, vous pouvez consulter ces quelques pages d'introduction à l'histoire de l'art (avec de nombreuses images) ainsi que ces textes sur l'art.

Qu'est-ce que l'art ?

Le terme désigne à la fois la technique (l'art culinaire, l'art militaire, etc.) et l'art des artistes et des œuvres d'art.

Mais comment définir l'œuvre d'art ?

A quoi vise l'œuvre d'art ?

Malgré les difficultés que nous venons de soulever, l'œuvre d'art est toujours la réalisation (mise en matière, incarnation) de la pensée, et à ce titre on peut identifier trois grandes finalités de l'œuvre d'art :

On reconnaît les trois grands idéaux philosophiques platoniciens : le Beau, le Vrai, le Bien. L'artiste peut se contenter de rechercher la beauté, la satisfaction esthétique (satisfaction des sens). Mais les sens sont difficilement séparables de l'esprit, et la satisfaction esthétique peut découler du dévoilement d'une vérité (satisfaction intellectuelle) ou d'une mise en scène de nos idéaux éthiques, religieux ou politiques (satisfaction morale).

La beauté

La beauté est elle-même d'une grande diversité. On peut distinguer :

La vérité

A première vue, on peut penser que les artistes sont des menteurs : ils ne font que reproduire les apparences (qui sont elles-mêmes trompeuses), et ils les déforment souvent pour embellir le réel. Sans même parler des œuvres qui ne représentent rien du tout (art abstrait...).

Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit que l'artiste nous fait bien souvent accéder à une vérité, parfois même en déformant les apparences. Ainsi la caricature déforme les traits du personnage réel pour nous montrer sa vérité, qui était cachée au premier abord. De même, la littérature utilise des situations artificiellement agencées et des personnages fictifs pour nous montrer, comme dans un microscope, la réalité de la nature humaine. (Ex : Maupassant, la thèse de René Girard sur le roman qui révèle la nature mimétique du désir, ou l'histoire du roman européen par Kundera.)

Au-delà, Paul Klee nous dit que « l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Il faut comprendre que l'artiste essaie de nous apprendre à regarder des choses que nous ne voyons généralement pas, pris que nous sommes dans le monde de l'habitude et des rapports utilitaires. Ainsi, nous n'entendons même plus les mots que nous utilisons chaque jour. Il suffit de répéter l'un de ces mots pour le voir progressivement perdre son sens, se déformer, devenir bizarre et mystérieux : enfin nous le percevons tel qu'il est, du point de vue esthétique. C'est à cette vision des choses que les artistes nous convient. De sorte que le but de l'œuvre d'art n'est pas en elle-même. C'est un doigt qui montre la lune. C'est une manière de nous apprendre à regarder toute chose sous un angle nouveau.

Le bien

L'œuvre d'art peut encore avoir une portée éthique. C'est le point de vue de Schopenhauer, pour qui la beauté apaise notre volonté et nous enseigne ainsi le renoncement bouddhiste au désir. C'est le point de vue (opposé) de Nietzsche, pour qui la belle œuvre est celle qui stimule la vie et la volonté, et nous aide ainsi à vivre. C'est encore le point de vue de Tolstoï, selon qui le véritable art doit nous aider à communiquer les émotions dans un but éthique de compassion et de sympathie universelles.

Et de nombreuses œuvres ont bel et bien une portée morale : c'est non seulement le cas des histoires avec morale (fables de La Fontaine, contes pour enfants, et même le cinéma d'aventures qui nous présente le triomphe du Bien incarné par le héros), mais aussi celui de l'art engagé, du roman social (Victor Hugo, Emile Zola) à la musique religieuse ou engagée (groupe Motivés) en passant par la peinture (Guernica de Picasso) et le cinéma (Ken Loach).

Platon avait conscience de la dimension intrinsèquement politique de l'art. Car l'art est une éducation sentimentale. L'art, en jouant sur nos émotions, peut nous apprendre à « aimer ce qui est aimable et haïr ce qui est haïssable ». Par conséquent, pour Platon, dans la Cité idéale les artistes devront être rigoureusement soumis au philosophe-roi. La comédie devra représenter les vices, dont il est bon de se moquer, et la tragédie les grandes actions qui devront servir d'exemple.

Mais mettre ainsi le Beau au service du Bien, n'est-ce pas corrompre le premier, et peut-être aussi le second ? N'est-il pas très dangereux de mélanger ainsi les idéaux ? On peut craindre que l'œuvre engagée ne soit pas belle, faute de rechercher la beauté pure, pour elle-même. Et il y a peut-être un grand danger à laisser les questions morales et politiques au pathos et aux émotions. Ce vice est aussi bien présent dans la propagande d'Etat (qu'elle soit fasciste, nazie ou soviétique) que dans la tendance démocratique qui mène finalement à choisir les hommes politiques parmi les acteurs de cinéma (Arnold Schwarwenegger en est l'exemple type).

Suspendre le jugement moral ce n’est pas l’immoralité du roman, c’est sa morale. La morale qui s’oppose à l’indéracinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant et sans comprendre. Cette fervente disponibilité à juger est, du point de vue de la sagesse du roman, la plus détestable bêtise, le plus pernicieux mal. Non que le romancier conteste, dans l’absolu, la légitimité du jugement moral, mais il le renvoie au-delà du roman. Là, si cela vous chante, accusez Panurge pour sa lâcheté, accusez Emma Bovary, accusez Rastignac, c’est votre affaire ; le romancier n’y peut rien.
Milan Kundera, Les Testaments trahis, I
L’humour : l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres ; l’humour : l’ivresse de la relativité des choses humaines ; le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude.
Milan Kundera, Les Testaments trahis, 1993

Pour aller plus loin : voir les textes sur l'art.

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