Cours de philosophie

Programme de terminale

La pensée du jour

La pensée du jour continue sur le Brin d'herbe, petit blog philosophico-politique.

Le penseur de Rodin

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Illusion statistique
Mardi 30 juin

Pour fêter la fin de l'année, voici une dernière pensée pour les vacances. C'est une amusante « illusion statistique » (à ranger dans la catégorie des paradoxes et illusions logiques).

C'est un jeu à la télé américaine. Il y a trois portes ; derrière deux de ces portes, une chèvre ; derrière la troisième porte, une voiture. Le candidat doit choisir la bonne porte pour gagner la voiture. La foule hurle dans son dos tandis qu'il essaie de se décider. Finalement il choisit une porte et la montre au présentateur.

Mais celui-ci, au lieu de l'ouvrir, change soudain d'avis et ouvre une autre porte, d'où sort une pauvre petite chèvre. Puis, beau joueur, il se tourne vers le candidat stupéfait et lui dit : Allez, je suis sympa, vous pouvez changer d'avis si vous voulez. Que doit faire le candidat ?

Réfléchissez deux minutes avant de lire la solution !

Bon, voici la solution :

Si le candidat ne change pas d'avis, tout se passe comme s'il avait joué normalement. Il a donc une chance sur trois de gagner. Par conséquent, s'il change d'avis il aura deux chances sur trois de gagner, puisque c'est la seule autre possibilité. Enfin, s'il tire à pile ou face il aura une chance sur deux de gagner. Il faut donc changer systématiquement d'avis.

Ca vous étonne ? Moi aussi. Il y a quand même une manière de rendre cela intuitif : s'il ne change pas d'avis il n'utilise pas l'information donnée par le présentateur, qui nous apprend que telle porte ne renferme pas la voiture.

Ce n'est toujours pas clair ? Bon, il y a encore une manière de le comprendre : imaginons la même situation avec des millions de possibilités au lieu de trois. Par exemple imaginons que le candidat joue au loto. Il choisit un numéro. Puis le présentateur élimine tous les autres numéros sauf un. On comprend alors bien qu'il vaut mieux changer d'avis et jouer le numéro que le présentateur n'a pas éliminé !

J'ai trouvé cette énigme dans le livre de Gilles Pagès En passant par hasard que vous pouvez consulter (et acheter) sur cette page.

Bonnes vacances... :D

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Combats de coqs
Mardi 23 juin

Quand les animaux se battent entre eux (pour de la nourriture, pour une femelle par exemple), il est très rare que le conflit aille jusqu'à la mort. Le conflit lui-même est d'ailleurs très rare, car il est bien souvent évité grâce à un rituel consistant à montrer sa force pour ne pas avoir à l'utiliser.

Finalement, dans la nature tout se passe comme s'il n'y avait conflit qu'en cas d'incertitude, quand on ignore lequel des deux est le plus fort. Quand c'est assez évident, un rapport de domination s'instaure (le faible se soumet au fort : il lui laisse la priorité pour la nourriture ou la femelle) et on en reste là.

La situation est d'ailleurs sensiblement identique dans les affaires humaines : par exemple, pour qu'une guerre soit déclarée il faut que les forces en présence soient sensiblement équivalentes.

Finalement, on arrive ici sur l'idée que la violence naît de l'égalité. Avec la tendance historique à l'égalisation des conditions, il faudrait donc s'attendre à une explosion de la violence plutôt qu'à sa diminution.

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Sous la burqa, l'intolérance française
Lundi 22 juin

Eternel débat sur le voile, éternelle hypocrisie française :

On prétend vouloir (comme ça, d'un coup) « protéger » les pauvres femmes musulmanes oppressées par leur mari.

Bon. Et si on laissait un peu les gens vivre ? Jusqu'où ira le pouvoir dans le règlement de nos vies ?

Le fond de l'affaire est aussi simple qu'inavoué : en France, on n'aime pas trop la religion en général et l'islam en particulier.

Ces polémiques et les éventuelles lois qui en découlent sont l'expression de l'intolérance française sous sa forme la plus détestable (c'est ce qu'on appelle, en langage politiquement correct, l'« intégration », ce fameux concept qui ne veut rien dire du tout, et qui se traduit par une politique qui entraîne l'exact opposé de ce qui est visé sous ce mot).

Lutter contre l'oppression de la femme, évidemment, nous sommes tous d'accord pour ce bel objectif. Mais est-ce vraiment le moyen d'y parvenir ? L'interdiction du voile à l'école a simplement mené à la création d'écoles musulmanes et à un sentiment de rejet. (Encore un bel exemple d'intégration !)

Allez voir un Américain ou un Anglais et essayez de lui expliquer au nom de quoi, diable, on interdit le voile ou la burqa.

Dans ce genre de cas on a honte d'« être français » (pour autant que cette expression ait un sens) face aux peuples et cultures qui se sentent incompris ou rejetés.

Il est singulier que tout cela arrive dans le pays de Voltaire. Mais précisément : il faut comprendre qu'ici comme ailleurs les grandes expressions idéologiques naissent dans des pays où règnent les conditions inverses : les Pays-Bas ont eu Spinoza pour défendre la liberté d'expression à l'époque où cette liberté y était extrêmement menacée ; la France a eu Voltaire pour la tolérance et Montesquieu pour la séparation des pouvoirs, car ce sont deux choses dont les Français ont toujours été strictement incapables.

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Caillou
Dimanche 21 juin

Une grande énigme en philosophie est de savoir pourquoi le monde est intelligible.

C'est cette question qui a mené à l'idéalisme, au spiritualisme, au dualisme, aux philosophies de Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, etc. Toutes ces philosophies étaient fortement influencées par le modèle des mathématiques : les mathématiques, science mystérieuse qui semble révéler une profonde concordance entre le monde spirituel et le monde matériel.

Mais au XIXe siècle une crise intellectuelle majeure est venue bouleverser la donne : la crise des mathématiques. Dans un premier temps, on découvrit l'existence de géométries non euclidiennes. Premier choc. D'autres mondes sont concevables. Qu'est-ce qui prouve alors que notre géométrie classique, la géométrie euclidienne, est la bonne, la vraie ? Dans un deuxième temps, la théorie de la relativité postule justement que la géométrie de notre univers n'est pas euclidienne. Crise majeure : toutes les mathématiques classiques sont fausses, au sens où elles ne correspondent pas au monde, à notre monde.

Conséquences philosophiques : tout cela a ébranlé l'idée qu'il y ait des « jugements synthétiques a priori » (Kant), c'est-à-dire des connaissances innées, des « semences de vérité » mises en nous par Dieu (Descartes) et connues de notre âme par une mystérieuse « réminiscence » (Platon). On aboutit au schéma suivant : on a d'un côté la logique, seule connaissance a priori mais absolument creuse, les lois logiques consistant simplement à reformuler ce que l'on sait déjà : la logique ne nous apprend rien sur le monde. Et de l'autre côté, les sciences naturelles qui reposent sur l'expérience. De sorte que toute véritable connaissance provient de l'expérience. Le cas des mathématiques lui-même devient particulièrement clair : par la logique, on peut construire plusieurs systèmes formels (par exemple plusieurs géométries) ; c'est ensuite l'expérience qui nous permet de savoir lequel de ces systèmes correspond au monde (et ce n'était qu'un préjugé physiologique que de croire a priori que la géométrie euclidienne était « la vraie »).

Tirons les conclusions de cette révolution jusqu'au bout : si la question de savoir par quelle magie le monde est intelligible est résolue, c'est parce qu'on se rend finalement compte de ceci :

Le monde n'est pas intelligible.

C'était une illusion de croire qu'il l'était. Rien dans le monde n'est compréhensible à proprement parler. Un caillou, d'ailleurs, n'est pas « compréhensible ». On peut seulement le décrire.

[Magritte]

N.B. : Pour faire bonne mesure, j'essaierai de démontrer une prochaine fois que l'homme ne pense pas.

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« Protège l'environnement »
Samedi 20 juin

Allez, une petite réflexion liée au sujet du bac des séries techniques : « La technique s'oppose-t-elle à la nature ? » (Un sujet très intéressant, à la réflexion...)

Voilà, c'est au sujet de tous ces produits, par exemple un pack de rouleaux de P.C. (que certains appellent P.Q.), qui trônent sur les rayons des supermarchés, et sur lesquels on peut lire, en grosses lettres vertes :

Protège l'environnement

Voilà bien une phrase de publicitaire. Et même un mensonge publicitaire.

Car la vérité, c'est que ces rouleaux de P.Q. ne protègent pas du tout l'environnement. Au contraire ! La seule chose honnête qu'on pourrait écrire, à la rigueur, c'est ceci :

Produit nuisible à l'environnement,
mais un peu moins que la moyenne

Et on pourrait même ajouter :

Si tout le monde achetait cet article plutôt que celui de la concurrence, nous courrions quand même à la catastrophe, mais un tout petit peu moins vite

Evidemment, ça n'est pas très vendeur...

Pour en revenir au bac, en corrigeant les copies on se rend compte que beaucoup pensent que le fait que certaines technologies permettent de polluer un tout petit peu moins permet aussitôt de dire que la technique ne s'oppose pas à la nature, voire que c'est la technique qui permet à la nature d'exister. Doucement, les amis...

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Exorciser
Vendredi 19 juin

Il est un processus que l'on retrouve sous de multiples formes : concentrer le mal sur un objet, puis détruire cet objet.

Ainsi le chamane, au cours d'une véritable mise en scène de prestidigitateur avec son et lumière, extrait un petit objet du corps du malade, un fétiche, une imitation d'araignée, etc., qu'il détruit de façon spectaculaire sous les yeux du patient. Celui-ci guérit alors miraculeusement (quand la thérapie fonctionne), par effet placebo en quelque sorte.

[Le Greco, Le Christ sur la croix]

Le processus est le même dans le cas de Jésus, ce sacrifice inversé (non pas un bien terrestre donné au dieu, mais un bien divin donné aux hommes) : Jésus a pris la faute de l'humanité entière sur lui, puis il a été mis à mort.

Enfin, c'est encore le même fonctionnement dans la recherche de boucs émissaires : le nazisme, par exemple, impute aux Juifs la responsabilité de tous les maux des Allemands, puis les extermine...

Lugubre processus... Il signifie d'abord le besoin, fondamental, de donner un objet à la cruauté, à l'instinct de vengeance. Plus subtilement, René Girard y voit le moyen de mettre fin à la rivalité des désirs mimétiques...

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Aimer et connaître
Vendredi 5 juin

En Hébreux, le même mot signifie aimer et connaître.

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La femme et la liberté
Mercredi 3 juin

Dans le Dictionnaire amoureux du judaïsme de Jacques Attali, celui-ci propose une interprétation originale du mythe d'Adam et Eve.

Habituellement, on considère que c'est un mythe misogyne, car il attribue à Eve la responsabilité du péché originel. Par gourmandise et par curiosité (deux défauts bien connus des femmes), elle cède à la proposition du serpent, croque le fruit défendu et en fait goûter à Adam. Mais on peut voir dans ce « péché » le choix de la liberté et de la connaissance plutôt que le bonheur éternel dans l'ignorance.

(Cela fait penser à l'idée qu'il vaut mieux être un sage insatisfait qu'un port satisfait ; et aussi au mythe d'Ulysse qui renonce à la vie éternelle sur une île avec la belle déesse Calypso et préfère vivre sa vie de mortel...)

 Lilith 

Ainsi Attali souligne, après d'autre, que Eve n'a pas été créée avec une côte d'Adam mais avec un côté d'Adam : idée que l'humanité a été divisée en deux, la partie féminine et la partie masculine.

De plus, Attali nous rappelle qu'il existait, selon certaines traditions, une autre femme avant Eve : la sulfureuse Lilith, qui aurait refusé de se soumettre à Adam, puis à Dieu. Ce serait elle qui, déguisée en serpent, aurait tenté Eve...

Cette idée de la femme comme symbole de la liberté est intéressante... Depuis la Révolution française, c'est d'ailleurs une femme qui symbolise la liberté en France : La Liberté guidant le peuple de Delacroix présente une femme comme allégorie de la liberté. La Liberté éclairant le monde d'Eiffel et Bartholdi (la statue de la liberté), offerte par la France aux Etats-Unis, est encore une femme.

La liberté guidant le peuple
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Les deux intuitions
Mardi 2 juin

L'autre jour je suis tombé sur un article écrit par un intellectuel qui défendait la religion ainsi :

« Tous les plus grands philosophes ont reconnu que la raison scientifique a des limites, et qu'en réalité elle dépend entièrement de l'intuition. Par conséquent la conception religieuse du monde est tout aussi défendable que la conception matérialiste. »

Il faut reconnaître à la décharge de l'auteur qu'il a un illustre prédecesseur : monsieur Blaise Pascal.

  Blaise Pascal  

Et pourtant, il y a là une grave confusion. Certes, il est rigoureusement impossible de démontrer les principes qui sont au fondement de toute démonstration. Pour cette raison on peut parler d'une « intuition » qui se trouve au fondement de toute pensée et donc de toute science. Pascal disait ainsi que les premiers principes nous sont connus, non par la raison, mais par le « cœur », le sentiment. Et c'est là qu'il y a un glissement pernicieux : on passe subrepticement de l'intuition intellectuelle (qui consiste, comme disait Descartes, en la claire conception d'un esprit qui analyse sont objet) à l'intuition au sens de l'intuition féminine, du sentiment, du sixième sens ou que sais-je encore.

Soyons plus précis : l'intuition intellectuelle peut désigner au moins deux choses :

Il est très clair que ces deux concepts n'ont rien à voir avec les intuitions « féminines » ou « religieuses ». Et par conséquent c'est un véritable acte de terrorisme intellectuel que de glisser d'un concept à l'autre. Ce qui reste vrai, et que l'on peut concéder à Pascal et à Kant, c'est que dans les domaines où la raison et la science sont impuissantes à nous découvrir la vérité, nous pouvons fort bien décider de croire l'hypothèse qui nous plaît le plus, celle qui nous aide à vivre ou celle qui nous rend meilleurs. Mais en cherchant le Bien on risque de ne pas trouver le Vrai.

Et surtout, et c'est là le point essentiel, la compréhension rigoureuse du concept d'intuition nous montre qu'en réalité la raison n'est pas limitée : car elle inclut aussi bien l'intuition que la déduction. Il n'y a pas de différence radicale entre les questions physiques et les questions métaphysiques. Au mieux il y a une différence de degré. Toutes les questions théoriques sont du même ordre. De sorte que finalement, contrairement à un préjugé tenace, la science répond à la question de l'existence de Dieu (pour autant que cette question puisse être posée !) aussi bien qu'à n'importe quelle autre question, c'est-à-dire sans nous donner de certitude, mais en nous proposant une hypothèse plus ou moins solide (c'est-à-dire plus ou moins fondamentale dans l'édifice théorique, dans la conception du monde) qui s'insère dans une représentation cohérente des phénomènes. En l'occurrence, la science dirait volontiers, comme Laplace disait à Napoléon, que Dieu est une hypothèse dont nous pouvons nous passer. Une chose est donc sûre : cette hypothèse-là ne répond pas à un besoin théorique.

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Aurore des idoles
Lundi 1er juin

En lisant Rodin je suis tombé sur ce bel éloge de l'admiration :

Aimez dévotement les maîtres qui vous précédèrent.

Inclinez-vous devant Phidias et devant Michel-Ange. Admirez la divine sérénité de l’un, la farouche angoisse de l’autre. L’admiration est un vin généreux pour les nobles esprits.

Gardez-vous cependant d’imiter vos aînés. Respectueux de la tradition, sachez discerner ce qu’elle renferme d’éternellement fécond : l’amour de la Nature et la sincérité. Ce sont les deux fortes passions des génies. Tous ont adoré la Nature et jamais ils n’ont menti.

Lire la suite...
Auguste Rodin, Testament

Ces conseils sont particulièrement intéressants à notre époque individualiste et libertaire. Mais précisément l'admiration et même la soumission à ce qui nous est supérieur ne s'oppose pas à la liberté, comme l'a bien dit cet aristocrate allemand :

La liberté ne consiste pas à ne vouloir rien reconnaître au-dessus de nous, mais bien à respecter ce qui est au-dessus de nous. Car le respect nous élève à la hauteur de l'objet de notre respect. Par notre hommage nous montrons que la dignité réside aussi en nous et que nous sommes dignes de marcher au même rang. Dans mes voyages, j'ai souvent rencontré des négociants du nord de l'Allemagne qui croyaient se faire mes égaux en se plaçant à table près de moi avec des façons grossières. Ils ne devenaient pas ainsi mes égaux, mais ils le seraient devenus, s'ils avaient su m'apprécier et bien agir avec moi.
Goethe, Conversations avec Eckermann, 18 janvier 1872
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Action et réaction
Samedi 30 mai

Nietzsche avait proposé un critère « vitaliste » pour juger une œuvre d'art :

A propos de toutes les valeurs esthétiques, je me sers désormais de cette distinction fondamentale : je me demande, dans chaque cas particulier, « est-ce ici la faim ou la surabondance qui est devenue créatrice ? »
Nietzsche, Le Gai savoir, § 370

En fait, ces catégories se ramènent tout simplement aux catégories de Spinoza : action et réaction.

On pourrait définir l'art, avec Rodin, comme tout ce qui est intense, tout ce qui a du caractère, c'est-à-dire tout ce qui est fort et vrai. Mais il y a deux manières d'atteindre l'intensité, comme il y a deux manières d'agir en général : on peut fuir ou poursuivre, être le renard ou le lapin. Désirer ou craindre. Etre mû par des passions tristes ou par des affects joyeux. Bref, agir positivement ou négativement, être actif ou réactif.

Pour en revenir à l'artiste, il y a deux manières de créer, d'atteindre des sommets : ou bien de manière réactive, parce que l'on souffre intensément ; ou bien de manière positive, toute naturelle et spontanée, parce qu'il y a en nous un excès de force et d'énergie qui demande à s'exprimer.

Finalement Nietzsche comme Spinoza, dans leur éthique d'adhésion à la vie, valorisent tous deux l'action et disqualifient la réaction. Il faut dire OUI, pas NON. Qu'importe ce que tu fais, du moment que c'est une action.

Etrange critère éthique en vérité.

Cela rappelle Saint Augustin : « Aime et fais ce que tu voudras »...

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Plutôt la volonté de mort que la mort de la volonté
Mercredi 27 mai

« L'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne rien vouloir », disait Nietzsche. C'est ainsi qu'il expliquait le nihilisme, ce paradoxe de la vie qui se nie elle-même (ce que Freud appellera la pulsion de mort) : par la force de la volonté. Plutôt la volonté de mort que la mort de la volonté.

Traduisons : cela veut dire que l'homme essaie d'abord de faire le bien, certes ; mais s'il n'y arrive pas, il préfèrera encore nuire plutôt que de ne rien faire.

Ceci permet de comprendre l'existence des emmerdeurs (à l'encontre du principe grec selon lequel « nul n'est méchant volontairement »).

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Alain Badiou
Mardi 26 mai

Alain Badiou est vieux.

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Surprise
Vendredi 22 mai

La vie, une chose est sûre au moins, c'est toujours inattendu. Quoi que tu prédises, sois sûr d'une chose, tu te trompes. Des plus petites aux plus grandes choses, rien n'arrive jamais comme on l'avait prévu.

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Notre idéal régulateur
Lundi 18 mai

Il y a plusieurs modalités d'obéissance : la contrainte par la force ; la religion et la crainte de l'au-delà ; la morale et le lien social ; enfin la raison et l'intérêt bien compris.

Face au déclin du lien social, érodé par l'individualisme, de l'autorité et de la religion, on peut se demander si la force (les technologies de pouvoir de plus en plus sophistiquées) et la raison suffiront à assurer le respect des lois. En particulier on peut penser que la force seule ne suffira jamais à produire cette obéissance. Le rêve d'une politique entièrement technicisée est une chimère. Cette tendance ne mènera qu'à une guérilla de plus en plus permanente.

L'esprit des Lumières, c'est l'optimisme anthropologique, la foi en l'homme : l'idée qu'il est bon et surtout raisonnable, de sorte que la démocratie est possible. Au rebours de cette idée, les contre-révolutionnaires s'appuyaient sur le péché originel pour refuser de laisser pouvoir et liberté au peuple. On retrouve aujourd'hui cette idée avec le pronostic d'un « retour du spirituel » au XXIe (la nécessité d'un tel retour étant sous-entendue, ou explicitement affirmée).

Encore une fois je ne trancherai pas la question, qui semble délicate. (L'aristocrate Platon aurait ricané à ces idées démocratiques et égalitaires.)

Mais on peut au moins dire ceci : croire en l'homme est devenu en quelque sorte le devoir moral de notre époque. Dans un monde athée et démocratique, l'éthique ne commande plus de croire que « l'homme juste est heureux » (Platon), ni que « l'âme est immortelle et Dieu existe » (Kant), ni même seulement que « autrui est une fin en soi » (encore Kant), mais aussi et surtout que « l’homme est bon et raisonnable, et que par conséquent il peut se gouverner lui-même ».

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Poignard et portique
Samedi 16 mai

Une enseignante a été poignardée hier dans un collège de Haute-Garonne par un collégien de 13 ans parce qu'elle refusait de lui retirer une punition.

En réponse, le ministre évoque l'idée d'installer des portiques détecteurs de métaux à l'entrée des établissements scolaires.

Voilà un bel exemple de gestion technique d'un problème politique. C'est la tendance générale : les collèges et lycées sont déjà truffés de caméras de surveillance et de miradors. Le problème, c'est que ce genre de solution ne s'attaque pas à la vraie cause du problème : le fait qu'il y a aujourd'hui des élèves prêts à agresser physiquement leurs professeurs. Comme d'habitude on s'attaque aux effets et aux symptômes plutôt qu'aux causes profondes.

Portique de métro

L'autre problème est que l'on évolue vers un pur rapport de force. Alors que le lien social (la contrainte exercée par le groupe sur l'individu) était autrefois spirituel (le regard des autres et de Dieu), il devient de plus en plus mécanique. Personne ne condamne moralement le voleur ou le voyou, il est simplement sanctionné matériellement (amende ou prison) : on lui applique un traitement technique censé être rationnel. De même, la contrainte spirituelle disparaît, le policier idéal (Dieu qui voit tout et nous jugera dans l'au-delà) étant remplacé par un Big Brother mécanique. La question est de savoir si un système de pouvoir peut fonctionner en étant ainsi réduit à un pur rapport de forces débarrassé de toute dimension humaine, morale et spirituelle.

Je ne détiens pas la solution au problème. Mais face au déclin général de l'autorité, au lieu de tenter de la maintenir à coups de trique, il vaut peut-être mieux envisager l'une des alternatives suivantes : faire en sorte que ces rapports d'autorité soient librement choisis afin qu'ils soient acceptés ; ou les supprimer carrément en changeant radicalement la relation entre professeurs et élèves, comme cela se fait en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis. Dernière solution : durcir les règles sociales pour restaurer la vieille autorité, c'est-à-dire revenir 50 ans en arrière. Mais cette solution paraît peu crédible car l'histoire ne se répète pas.

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La nature
Jeudi 14 mai

Au plus je fréquente les hommes, au plus j'aime la nature.

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Le pays des privilèges
Lundi 11 mai

Une fois n'est pas coutume, je me permets de pousser un petit coup de gueule sur un événement récent. Je suis d'ailleurs d'autant moins susceptible de partialité que je suis favorisé par le privilège que je dénonce.

Il y a quelques semaines, le gouvernement a annoncé que les enseignants pourraient profiter d'un prêt de 30 000 € à taux zéro, remboursable sur dix ans, pour l'achat d'une première résidence liée à une mutation professionnelle.

Alors franchement, je m'interroge. OK, c'est la crise. Il faut relancer l'économie, etc., ce qui est d'ailleurs prétexte à mille mesures aussi démagogiques qu'inefficaces. Par exemple jeter des miettes aux plus pauvres comme on donne un peu de grain aux oiseaux.

Mais cela devient carrément scandaleux quand la mesure ne touche pas les plus pauvres, mais une classe déjà privilégiée. Les professeurs, comme les fonctionnaires en général, jouissent déjà de mille privilèges. Ma question est simple : au nom de quoi fait-on ce cadeau aux professeurs plutôt qu'à toute autre catégorie ?

S'agit-il de relancer le logement (ce qui est déjà, en soi, une mesure condamnable, les prix élevés de l'immobilier étant un facteur d'accroissement des inégalités et par conséquent d'amollissement de l'économie) ? Dans ce cas ce n'est pas seulement aux professeurs qu'il fallait faire ce cadeau. Les professeurs sont parmi les mieux placés pour obtenir un prêt de la part des banques, en raison de la stabilité inégalée de leur emploi. Sont-ils vraiment ceux qui avaient le plus besoin de ce coup de pouce ?

Encore une fois, je fais partie de ceux qui pourront profiter de cette mesure. C'est uniquement une injustice criante qui suscite ma réaction. Il faut vraiment qu'il y ait en France la passion des privilèges pour que l'on puisse laisser passer une chose pareille sans même réagir. Mais cette tradition est si bien ancrée que je n'aurais pas assez de place ici pour faire la liste de tous les privilèges inacceptables que compte la société française contemporaine...

Hypothèse encore plus méchante : on n'a pas entendu de réactions car l'opposition, de gauche, est intimement liée aux enseignants et ne veut pas les fâcher. Ce ne serait hélas ni la première ni la dernière de ses infamies et de ses trahisons...

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Le fond et la surface
Samedi 9 mai

Tout est faux. Rien n'est vrai.

Nous ne connaissons rien. La moindre chose, une pierre ou un arbre, nous échappe par sa richesse infinie, son infinité de détails. Tout est simplification. Il n'y a pas d'essence. La nature est infiniment plus complexe que nos idées.

D'ailleurs la nature n'est pas idéale mais matérielle. L'universel (les Idées de Platon) ne sont pas plus réelles que les choses, mais au contraire plus pauvre et plus fausses. Ce n'est pas la chose réelle qui est une copie de l'Idée, mais au contraire l'Idée qui est une généralisation et une superficialisation de la chose. Par exemple, le concept universel de chat n'est rien d'autre que l'ensemble des chats pris dans leurs traits les plus généraux, en faisant abstraction de leurs particularités. Le chat n'existe pas, il n'y a que des chats, et encore les catégories sont discutables, quoiqu'elles fonctionnent à peu près.

Elles fonctionnent à peu près, car, malgré tout, il y a de l'analogie : il n'y a pas de chat à proprement parler, mais il y a du chat, il y a une zone de félinité. C'est-à-dire que malgré tout un chat ressemble généralement plus à un autre chat qu'à un chien. C'est pour cela que le concept fonctionne tout de même. C'est une question de différentiel : de différence entre des différences. De sorte que même si toute interprétation, toute théorie, toute pensée est fausse, elle peut malgré tout s'approcher de la réalité. Mais il ne faut pas oublier qu'elle reste toujours essentiellement fausse au sens où elle ne saisit jamais le fond des choses. Et cela dans nos pensées les plus quotidiennes : nous ne comprenons jamais les relations humaines, par exemple pourquoi nous aimons ou n'aimons pas telle personne : car la vraie raison, d'ordre moléculaire, n'est saisissable qu'exceptionnellement et toujours partiellement.

C'est le sens de la révolution positiviste. Ce qui se passe, avec Newton, c'est que l'expérience est mise au premier plan. Elle devient le « socle » de la connaissance, ce qu'il y a de plus sûr, ce qui est le moins douteux. En ce sens la phénoménologie rejoint le positivisme en faisant du Lebenswelt (le monde vécu, le monde des apparences) le fondement de toute science et de toute connaissance.

La science, d'ailleurs, détruit les concepts grâce à la mesure : elle remplace le qualitatif par le quantitatif. Par exemple, elle ne parle pas de couleurs différentes mais de longueurs d'ondes variables.

Plus généralement, la science fait exploser les concepts de mille manières : la théorie de l'évolution de Darwin supprime les différences nettes entre les espèces vivantes. La dissection des choses montre que toutes sont constituées des mêmes éléments (éléments chimiques, atomes, quarks, etc.). Et même les mathématiciens, par le biais de la généralisation, découvrent que les limites entre les entités mathématiques ne sont pas si nettes que cela ; et par les isomorphismes ils découvrent des analogies insoupçonnées entre des domaines à première vue très différents.

Mais alors comment la science peut-elle fonctionner sans concept net ?

D'une part en mettant l'expérience au premier plan : nous ne savons pas bien ce qu'est la masse, ni l'espace, ni le temps, mais nous les définissons par l'expérience. Et ce qui est certain, c'est que les corps tombent, et s'attirent réciproquement selon la loi de l'attraction universelle de Newton. C'est ce constat (mesuré) qui doit être gravé dans le marbre, et non la nature exacte de la masse ou même de la matière. Cela la science peut le laisser à l'arrière-plan, et le réviser à l'occasion. La science admet ne pas savoir exactement de quoi elle parle, et en ce sens la physique n'est pas très différente des mathématiques (malgré les raisons qu'ont physiciens et mathématiciens, chacun de leur côté, de croire savoir de quoi ils parlent).

D'autre part, et c'est le point essentiel, la clé métaphysique de la science est la notion de continuité : la science physique ne met pas en relation un phénomène (une cause) à un autre (un effet). Si ce n'était que cela, la science pourrait bien être impossible pratiquement : imaginez que si je lâche une pierre à 1 m du sol, elle tombe par terre, mais que si je la lâche un cm plus bas, elle tombe vers le haut, et encore un cm plus bas elle se transforme en orang-outan qui se met à sauter sur place en poussant de grands cris ? Non, ce qui se passe, c'est qu'un ensemble de causes sont mises en relation avec un ensemble d'effets, et c'est cela qui rend la science possible malgré l'absence de limite tranchée entre les phénomènes. Il s'agit de différences relatives : si un phénomène n'est pas trop éloigné d'un autre, alors sa conséquence ne sera pas trop éloignée de la conséquence de l'autre. C'est là, en toute rigueur, le concept mathématique de continuité (qui n'a pas fini de nous fasciner) : une fonction f est continue au point a si pour toute distance ε (epsilon), aussi petite soit-elle, on peut trouver une zone autour du point a qui « atterrit », par la fonction f, assez près de f(a), c'est-à-dire assez près de là où atterrit le point a. C'est-à-dire une zone telle que pour tout x pris dans cette zone, la distance entre f(x) et f(a) soit inférieure à ε.

Bref, f est continue en a si :

Expression mathématique de la continuité

d désigne la distance sur le premier espace (le monde des causes) et d' la distance sur le second espace (le monde des effets).

Traduction : une cause suffisamment proche d'une autre produit un effet aussi proche que l'on veut de l'effet de cette cause. Si on traîne dans un certaine zone on sait à peu près ce qu'il risque de nous arriver.

Conclusion : la compréhensibilité du monde ne repose pas sur la séparation nette des choses en catégories (concepts, Idées, essences) mais sur la notion plus floue et plus souple de continuité.

La conséquence historique de tout cela est que l'idéalisme platonicien ne fonctionne pas, bien que la science soit possible. Ce qui fait qu'Aristote a presque raison quand il dit que les mathématiques ne sont d'aucune utilité en sciences naturelles du fait qu'un coin (corps physique concret) n'est pas un angle (concept mathématique abstrait). Spinoza exprime peut-être le changement de paradigme quand il critique les idées abstraites (cheval, triangle) et leur oppose les notions communes censées désigner « ce qui est en chaque chose », le seul exemple, à ma connaissance, donné par Spinoza étant la notion de « rapport de mouvement et de repos ».

Sans trancher cette difficile question, concluons ainsi : le monde est radicalement inconnu, et le fond des choses nous échappe. Cependant nous pouvons (grâce à sa stabilité, plus précisément sa continuité) l'appréhender de manière rigoureuse. Notre connaissance des rapports précède notre connaissance des choses. Il est plus facile de connaître les différences que les « choses » censées fonder ces différences. On retrouve ici Leibniz...

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La fuite en avant
Jeudi 7 mai

En escalade ou en alpinisme, il y a quelque chose de vraiment terrifiant et fou : la fuite en avant.

Escalade en falaise

Pour comprendre ce dont il s'agit il faut savoir ce qu'est l'escalade en tête (on dit aussi : en premier de cordée) : cela consiste à grimper le premier, attaché à une corde qu'on fait passer dans des mousquetons accrochés à la falaise ou à la glace. Un ami, plus bas, tient l'autre bout de la corde. Par conséquent, au plus les points d'assurance (pitons, broches à glace, coinceurs et autres) sont espacés, au plus la chute potentielle sera grande, donc dangereuse. Par exemple, si le dernier mousqueton est 3 mètres sous tes pieds, en cas de chute tu tomberas de 6 mètres, sans compter le mou de la corde et les éventuels problèmes exceptionnels.

Par conséquent, au plus le dernier point s'éloigne sous tes pieds, au plus tu fais attention à ce que tu fais, et au moins tu as envie de tomber (déjà qu'à la base tu n'as pas trop envie de tomber !)...

Si ça devient carrément trop difficile, tu peux essayer, pour éviter la chute, de redescendre (désescalader) jusqu'au dernier point pour t'y reposer.

Mais voilà, il se trouve que désescalader est plus difficile qu'escalader. Descendre est plus délicat que monter. Montaigne le disait déjà : « Je marche plus sûr à mont qu'à val. » Par conséquent, il arrive que l'on ne puisse pas redescendre. Or si on reste sur place, avec la fatigue on finira par tomber. Une solution est donc de tomber. Une autre solution est de continuer à monter : c'est la fuite en avant.

Ce qui fait tout le piquant de la fuite en avant, c'est l'incertitude : parfois on ne sait pas du tout ce qui nous attend. Peut-être y a-t-il au-dessus un passage extrêmement difficile, encore plus que celui que l'on vient de passer, et puis encore un autre, etc. La fuite en avant consiste donc à accepter une chute bien plus grave, mais incertaine, pour éviter une chute moins importante, mais certaine. Finalement c'est un coup de poker : quitte ou double. Il y a même des cas où c'est sa vie qu'on joue comme ça : on fait tapis en quelque sorte.

Bref, la fuite en avant c'est très amusant, très excitant, mais ça fait aussi très peur.

On retrouve ce phénomène un peu partout : non seulement au poker mais aussi, par exemple, dans le cas de l'énergie nucléaire : nous n'avons pas la solution pour traiter les déchets nucléaires, qui resteront sur les bras de nos descendants pendant des millions d'années (il y a de fortes chances pour qu'ils nous maudissent intensément ! mes oreilles sifflent déjà à l'idée des jugements qui seront portés sur notre génération). Pourquoi cette folie ? Parce qu'on suppose et on espère que grâce au progrès technologique, on trouvera la solution plus tard. Bref, pour éviter une difficulté limitée maintenant on accumule le problème pour plus tard, dans l'espoir qu'une solution miracle tombera du ciel technologique.

Allez : un autre exemple, juste pour voir à quoi mène la fuite en avant : la chaîne de Ponzi, escroquerie financière inaugurée par Charles Ponzi dans les années 1920 et remise au goût du jour par Bernard Madoff dans les années 1990-2000 : l'astuce consiste tout simplement à rémunérer des investisseurs à des taux très élevés ; ainsi de nouveaux investisseurs se présentent sans cesse, et on peut payer les anciens avec les nouveaux. Evidemment, le jour où il y a un reflux les investisseurs se rendent compte qu'ils ont été volés, et l'arnaqueur n'a plus qu'à se cacher.

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