Cours de philosophie

Programme de terminale

La pensée du jour

La pensée du jour continue sur le Brin d'herbe, petit blog philosophico-politique.

Le penseur de Rodin

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Entre la tête et la main, le cœur
Dimanche 1er février

Metropolis est un célèbre film de Fritz Lang réalisé en 1927. L'histoire se déroule dans le futur. La ville est partagée entre gratte-ciels immenses et souterrains macabres où vivent les travailleurs : au plus on est riche, au plus on habite en hauteur, et le grand patron de la ville habite tout en haut du plus haut gratte-ciel. Mais un jour, le fils du patron découvre le monde souterrain et la condition des misérables qui y travaillent...

Je vous passe les détails, mais finalement les travailleurs se réconcilient avec le grand patron grâce à la médiation de son fils. Et la morale s'affiche à l'écran en toutes lettres : « Mittler zwischen Hirn und Händen muss das Herz sein. » « Entre la tête et la main, le cœur est le médiateur indispensable. »

On pourrait risquer un rapprochement avec Les Frères Karmazov de Dostoïevski. Ce polar philosophico-religieux met en scène trois frères : Ivan, intellectuel athée ; Dimitri, homme d'action fougueux et passionné ; et enfin Alexis, jeune homme au grand cœur, plein de foi et de bonté.

La conclusion est moins explicite mais tout aussi claire : Ivan sombre dans la folie, Dimitri est envoyé au bagne, et seul le jeune Alexis apporte une note d'espoir, encourageant les enfants du village (qui représentent la nouvelle génération) à toujours entretenir la bonté qui est en eux. Pour cela il les exhorte à toujours se souvenir de la compassion qu'ils ont eue pour leur petit camarade qui vient de mourir :

« Mes chers petits enfants, vous ne comprendrez peut-être pas ce que je vais vous dire car ce que je dis est souvent incompréhensible, mais vous retiendrez mes paroles et plus tard vous me donnerez raison. Sachez donc qu'il n'est rien de plus noble, ni de plus fort, ni de plus sain, ni de plus utile dans la vie qu'un beau souvenir, surtout s'il remonte encore à l'enfance, à la maison paternelle. »

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Chacun sa vérité
Samedi 31 janvier

S'il y a une idée à la mode sur laquelle je n'ai pas fini de taper :E, c'est bien celle-ci :

« Chacun son point de vue. Chacun son avis. Chacun sa vérité. »

Et aussi, plus subtil mais pire encore :

« De toute façon même les philosophes ne sont d'accord sur rien. »

Alors remettons les pendules à l'heure.

Primo, la vérité ne dépend pas de chacun, elle est unique et s'impose à tous (désolé pour les démocrates.) Le théorème de Pythagore n'est pas vrai pour les Grecs et faux pour les Turcs. Il n'est pas non plus faux pour un fou, c'est juste que le fou ne le comprend pas. Si le ciel est bleu, il l'est pour tout le monde. Sinon c'est qu'il n'est pas bleu, et que la couleur dépend de chaque sujet. De même, toute question admet une réponse et une seule ; sinon c'est qu'elle est mal posée. Que nous ne connaissions pas la réponse à une question ne change rien au fait que cette réponse existe et est unique. Ainsi, la conjecture de Fermat (il n'y a pas de nombres entiers non nuls x, y, z tels que xn + yn = zn pour n supérieur à 2) était vraie avant qu'elle ne soit démontrée (en 1994), et la conjecture des nombres premiers jumeaux (il existe une infinité de nombres premiers p tels que p + 2 soit aussi premier) est déjà vraie ou fausse, bien qu'elle ne soit pas encore démontrée.

Et j'irai même encore plus loin : même si on démontre un jour qu'une proposition est indécidable (c'est-à-dire qu'on ne peut démontrer ni sa vérité, ni sa fausseté), comme le prévoient les théorèmes d'incomplétude de Gödel, elle n'en restera pas moins vraie ou fausse.

Deuxio, venons-en maintenant aux « divergences entre les philosophes ». Il serait peut-être temps de battre en brèche ce vieux lieu commun, trop souvent admis, et qui ne repose sur rien. Certes, il y a différentes philosophies, et surtout différentes valeurs. Mais y a-t-il des désaccords théoriques durables ? Il faut parfois le temps (quelques siècles) que la réflexion progresse. Mais je tiens à souligner deux choses :

Et c'est là le point décisif : les philosophes sont, en tout cas, d'accord sur ce point : la vérité existe, et elle est unique. Même les sceptiques et les relativistes les plus extrêmes admettent ceci, à un jeu de langage près. Pourquoi cela ? Pour au moins deux raisons fondamentales :

« A chacun son avis », dites-vous ? Mais alors c'est, et ne peut être, que votre avis, et disant cela vous renoncez d'avance à m'en convaincre. Ce qui tombe bien ! :)=

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Les jolies filles
Vendredi 30 janvier
Les jolies filles ont tendance à surestimer la valeur de la beauté, les riches la valeur de l'argent, et les philosophes la valeur de la pensée. Car chacun a intérêt à valoriser le domaine où il excelle. Il y a donc bien du mépris dans la compassion de l'Occidental pour l'Africain, du pianiste pour le philistin, et du paon pour le cheval. Platon et Mill n'ont donc peut-être pas raison quand ils prétendent qu'il vaut mieux être un sage insatisfait plutôt qu'un porc satisfait :

« Il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et si l’imbécile ou le porc sont d’un avis différent, c’est qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question : le leur. L’autre partie, pour faire la comparaison, connaît les deux côtés. » (John Stuart Mill, L'Utilitarisme)

Je ne suis pas sûr que le sage connaisse véritablement la bêtise, ni surtout le plaisir particulier qui l'accompagne. La bêtise n'est pas affaire de capacité mais d'intérêt et de volonté. Il n'y a pas de gens plus ou moins intelligents, il n'y a que des gens plus ou moins curieux. Pour être « bête », il faut aimer ça ; on le constate chaque jour. En vérité, la bêtise reste une énigme que personne n'a encore comprise.
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Mon cœur mis à nu
Jeudi 29 janvier
La musique, c'est dingue.
Il suffit d'avoir une belle mélodie dans la tête pour supporter, que dis-je, survoler, les maux du monde, les petites difficultés et mesquineries de la vie.
Alors sans pudeur (car dire ce qu'on aime c'est se mettre à nu), voici la musique qui a inspiré cette petite pensée :


C'est la Sonate no. 4 pour violon et piano de Bach, interprétée par Glenn Gould et Yehudi Menuhin.
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La valeur de la nature
Mercredi 28 janvier
Il y a en gros deux théories économiques de la valeur :En passant de la théorie classique à la théorie néoclassique on est passé d'une définition objective de la valeur à une définition subjective.
Ces deux théories concernent la valeur d'échange et non la valeur d'usage du bien en question. De sorte que l'oxygène que nous respirons, bien qu'il ait une valeur (d'usage) extrêmement élevée, a une valeur d'échange à peu près nulle.
Plus profondément, selon la logique économique la nature n'a aucune valeur, car elle donne gratuitement.
Cette bizarrerie se répercute dans la mesure du PIB : le PIB ne mesure pas la véritable valeur des choses. Par exemple, une épidémie ou une augmentation des accidents de la route sont des facteurs de croissance, car ils impliquent davantage d'activité économique.
Il pourrait sembler que les problèmes écologiques nous obligeront à prendre en compte la valeur réelle des choses, et même à savoir la mesurer précisément pour en faire supporter les coûts de manière juste à ceux qui détruisent les richesses naturelles. Mais en vérité il suffit peut-être de s'en tenir à la conception classique : ce qui détermine le prix d'une pollution (ou de tout autre externalité « négative »), c'est tout simplement le coût de la dépollution ou du nettoyage correspondant. Autrement dit, la valeur « réelle » des choses ne peut être mesurée que négativement en quelque sorte.
Et c'est bien normal : car la valeur de la nature est infinie. On retrouve ici une idée bien connue : la notion même de valeur n'est définie que dans un système. La nature, étant la condition de toute valeur, n'a pas de valeur. (C'est-à-dire qu'elle a une valeur infinie, si on préfère.) On pourrait d'ailleurs appliquer le même genre de raisonnement aux banques centrales et aux Etats, qui en tant que prêteurs en dernier ressort constituent les conditions du système et ne sont donc pas évaluables dans ce système...
Décidément tout se tient, et les mêmes lois s'appliquent aux banques et aux poissons !
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On est pas des larbins
Mardi 27 janvier
Alors là, c'est la palme d'or. Le mur du çon franchi à 200 km/h, comme dirait l'autre. Et à hauteur de chaise.
Voici donc la superbe phrase entendue aujourd'hui, en salle de cours :

« On est pas des larbins. »

Phrase prononcée par un élève qui s'offusque de devoir mettre sa chaise sur sa table. Elève qui profite gratuitement, depuis son enfance, d'une école dont le coût important pèse sur l'ensemble de la société. Et qui, quand on lui demande de nettoyer sa propre crotte, vous dit qu'il n'est pas un larbin, avec une poignante indignation dans la voix.
Pauvres petits enfants-rois ! Comme ils ont raison. Qu'une femme de ménage, dûment payée, vienne, qu'elle nettoie les emballages, mouchoirs, cannettes et autres détritus que les chers petits ont négligemment laissé traîner par terre (qui a dit : « les porcs ! » ?). Et qu'en plus de cela elle se tape 30 chaises à mettre sur les tables auparavant. Ah mais ! Elèves de tous les lycées, unissez-vous ! Ne vous laissez pas faire ! Ne vous laissez pas opprimer par les femmes de ménages ! Défendez vos droits ! Vous n'êtes pas des larbins !

Je le dis en riant, mais ça me donne envie de gerber.
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La fée est une tricheuse
Lundi 26 janvier
On tous dû se farcir ce genre de conte quand on était gosse : la fée arrive et dit au pauvre type qu'il a droit à trois voeux.

*:)

Hypothèse merveilleuse et fascinante... L'enfant ne peut s'empêcher de jouer avec cette idée et de se demander ce qu'il répondrait à cette fée. Moi aussi, je me suis posé cette question.Car, en y réfléchissant, quelle valeur accorder à la vie et aux bienfaits qui nous tombent dessus, s'ils sont le fruit de la magie d'une fée ?
(C'est un peu comme au jeu : au début, on peut se satisfaire de gagner en trichant, mais bien vite cela ne nous donne qu'une demi satisfaction, car nous sentons bien que ce n'est pas une véritable victoire. Si nous trichons c'est que nous ne sommes pas capables de gagner en respectant les règles.)
Le seul mérite qu'on a là-dedans, c'est d'avoir été élu, choisi par la fée, pour des raisons d'ailleurs obscures. Cette satisfaction-là peut à la rigueur satisfaire un enfant, mais rapidement on découvre qu'une pièce de dix centimes qu'on a soi-même gagnée a une valeur bien plus grande que tout l'or du monde qu'une fée dépose à nos pieds.
Ceci, du moins, est l'idée stoïcienne : n'attache de valeur qu'à ce qui dépend de toi. Aujourd'hui je suis donc stoïcien. Une autre fois je défendrai l'idée exactement contraire.
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Philosophie alimentaire
Dimanche 25 janvier

Il y a des végétariens qui le sont parce qu'il aiment les animaux et ne veulent pas leur faire de mal. (Ce qui est déjà paradoxal : j'ai un ami qui est plus cohérent : il déteste les animaux et c'est pour ça qu'il est végétarien.)

Mais pourquoi compatir avec les poulets et pas avec les salades ? Les salades aussi sont des êtres vivants.

Je suppose que c'est une extension de la philosophie morale de Hume : je préfère ma famille à mes amis, mes amis à mes compatriotes, mes compatriotes au reste de l'humanité, l'humanité aux animaux, et les animaux aux végétaux... (A ce sujet, d'ailleurs, Lévi-Strauss voit dans le racisme le prolongement naturel de l'humanisme : on commence par mettre l'homme au-dessus des animaux et on finit par mettre une ethnie humaine au-dessus des autres.)

De plus, philosophiquement cela pose un problème, car on ne sait même pas distinguer l'animal du végétal. Une anémone de mer, par exemple, c'est un animal ou un végétal ? ;: Vous demanderez à votre prof de biologie.

[Arcimboldo]

J'en conclus qu'il faut pousser les choses plus loin. Allons au bout de notre idée consistant à ne pas faire de mal aux autres. Le problème, c'est que nous nous nourrissons exclusivement d'êtres vivants, si bien que « chaque créature est le tombeau vivant de mille autres », pour reprendre la magnifique et morbide formule de Schopenhauer, qu'on peut vaguement se représenter par une toile d'Arcimboldo.

Heureusement, la nature est bien faite : en réalité certaines choses sont faites pour être mangées : les fruits. Eh oui. Les fruits sont fabriqués par les plantes pour que nous, les animaux à pattes, on les bouffe, disséminant ainsi les graines. A partir de maintenant tous ceux qui mangent autre chose que des fruits sont des méchants.

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Les justifications de la souffrance
Samedi 24 janvier
La question de la perfection du monde est une question difficile.
En plaçant un Dieu bienfaisant à l'origine du monde, les religions veulent nous faire croire que le monde est parfait. C'est une vision kitsch, au sens de Kundera : négation de la merde. Et pourtant c'est bien cela que doit faire toute religion et même toute philosophie, tout discours qui n'invite pas au suicide : justifier le monde. Cela veut dire : justifier la souffrance. Aussi retrouve-t-on dans toute philosophie cette justification de la souffrance :Il y a tout de même plus de beauté dans cette dernière version que dans les autres, je trouve, parce qu'elle est plus vraie. Tout comme la philosophie de Spinoza et de Victor Hugo, ce panthéisme qui embrasse la totalité de la nature du regard.
Pour Spinoza par exemple, la souffrance d'une créature est toujours le bonheur d'une autre. Donc du point de vue du tout il n'y a pas de souffrance, il n'y a pas de diminution de puissance, un peu comme en physique, un système fermé ne peut perdre d'énergie.
Et Victor Hugo : « Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille. Le beau s'accorde avec l'homme ; le laid s'accorde avec la création entière. » Les monstres grotesques et effrayants qui hantent les cathédrales moyenâgeuses expriment cette vision formidable de la nature.
Il faut souligner la différence entre cette vision et les autres, entre le panthéisme et les divers théismes. Pour le christianisme, le mal existe, mais il sera un jour puni, supprimé, résorbé, compensé ; alors que pour les panthéistes, c'est-à-dire les athées (« Dieu, c'est-à-dire la Nature », écrit Spinoza) le laid et le mal sont compensés immédiatement, donc ils n'existent pas vraiment, ils apparaissent seulement de notre petit point de vue, ils sont le résultat d'une perspective de grenouille sur le monde.
Finalement si on ajoute la schizophrénie des panthéistes (s'identifier à Dieu, ou du moins adopter son point de vue) et le taoïsme (pas de haut sans bas) on en vient à aimer la souffrance quand elle est là, et à sortir sans manteau en hiver. Et à apprécier l'ombre, y voyant le soleil.
Le monde est donc parfait ; mais non pas kitsch. C'est-à-dire qu'il est nécessaire.
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Mettre au monde
Vendredi 23 janvier

Il y a un truc que j'ai toujours eu du mal à comprendre chez Hannah Arendt : cette idée que le déclin de l'autorité serait lié au fait que les adultes ne sont plus « responsables du monde ».
Voici ce qu'elle écrit : l'autorité du professeur « se fonde sur son rôle de responsable du monde. Vis-à-vis de l'enfant, c'est un peu comme s'il était un représentant de tous les adultes, qui lui signalerait les choses en lui disant : "Voici notre monde". » (Hannah Arendt, La Crise de la culture)
Je n'ai jamais bien compris ce truc : en effet, nous ne nous sentons pas responsables du monde, car nous ne le sommes pas ! Nous n'avons pas fait ce monde que je sache ! ;:)
Et pourtant si. Qu'est-ce que « ce monde » ? C'est toujours le monde de quelqu'un, pour quelqu'un. C'est le monde de nos enfants. Eh bien précisément, nous avons fait ce monde, car nous avons fait nos enfants.
Telle est la lourde responsabilité des adultes. Faire un enfant, c'est admettre le monde tel qu'il est. Les parents sont donc bien responsables de ce monde où ils jettent leurs enfants. Daniel Pennac a écrit de belles pages là-dessus (dans Monsieur Malaussène au théâtre si ma mémoire est bonne).

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La crise vue par le chinois
Jeudi 22 janvier
En chinois le mot « crise » s'écrit avec deux idéogrammes : le premier (Wei) signifie « danger », le second (Ji) signifie « opportunité ».
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Le trône vide
Mercredi 21 janvier
(Suite du billet précédent.) Puisque Big Brother est la version moderne de Dieu, il faudrait peut-être mettre fin une bonne fois pour toutes à l'hypocrisie hystérique et reconnaître que Big Brother n'existe pas plus que Dieu.
Le centre a toujours été vide. C'est-à-dire que le pouvoir n'est pas en haut, mais en bas ; il n'est pas dans l'œil, mais dans celui qui se sent observé. Il n'est pas dans le dominant, mais dans le dominé. Le pouvoir, c'est l'obéissance.
Ou pour le dire dans les termes de La Boétie : la servitude a toujours été volontaire ; le pouvoir ne tient que grâce à ceux qui le soutiennent.
Par conséquent le pouvoir est en chacun de nous. La « démocratie » est et a toujours été.
Ici comme ailleurs la technique dévoile peu à peu la vérité et met l'homme face à ce fait, c'est-à-dire face à lui-même. Fluidification et intériorisation de la contrainte. L'autocratie technique arrive.
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Big Brother et Dieu
Mardi 20 janvier
Big Brother n'est pas nouveau. Dieu, ce justicier bienveillant, tout-puissant et surtout omniscient, n'était pas autre chose.
Simplement, avec le déclin de la religion et le progrès de la technologie, ce vieux dispositif sembla ne plus suffire. Le prêtre céda la place au policier, puis au médecin. Et l'œil imaginaire de Dieu fut remplacé par l'œil électronique des caméras de surveillance.
Mais le fonctionnement est le même : dans chaque cas c'est le sentiment d'être observé qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir.
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Etre à la hauteur de la beauté
Lundi 19 janvier
De nombreuses personnes refusent de croire à l'utopie communiste, alors même qu'elle se réalise dans certains domaines (communisme électronique notamment). Et il en va de même dans tous les domaines, de la présentation d'un concours aux relations amoureuses en passant par le bateau-stop : la première cause d'échec, c'est l'auto-disqualification.
C'est parce que nous croyons que les choses sont impossibles qu'elles le sont effectivement. C'est le manque d'imagination qui appauvrit le monde. Tout ce qui existe a d'abord été rêvé par quelqu'un.
Finalement ce refus de voir la beauté m'évoque une image : c'est comme un type à qui on dit qu'il y a un superbe cerisier couvert de cerises de l'autre côté de la colline, et qui refuserait de nous croire et d'aller vérifier. Eh bien, au diable, n'en mange donc pas, et reste dans le petit monde que ton imagination produit.
Il faut être digne du monde, il faut être à la hauteur de la beauté ; c'est-à-dire la percevoir. Celui qui en est incapable ne la mérite pas. Notre plaisir dépend de nos capacités de jouissance. Si nous sommes malheureux c'est que notre cœur est trop petit pour la beauté infinie du monde, qui nous dépasse et qui plane, sereine, au-dessus de nos têtes.
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Ce qu'il reste du christianisme
Dimanche 18 janvier
Que reste-t-il du christianisme ? Selon le philosophe hédoniste et athée Michel Onfray, beaucoup de choses. En particulier cette valorisation morbide de la souffrance, conçue comme une expiation. L'école serait l'un des lieux où apparaît cette conception de la souffrance, avec l'idée implicite que l'école doit être pénible. Alors que le savoir est et devrait être une chose si légère, si gaie, si folâtre !
Ce que je remarque quant à moi, c'est que cette conception de la souffrance alimente peut-être aussi l'hostilité au libéralisme. Car le libéralisme est l'idée d'un « jeu à somme positive », pour reprendre l'expression des sociologues, c'est-à-dire l'idée d'un bénéfice pur par l'échange. D'ailleurs l'idée que les vices privés (les intérêts égoïstes) puissent faire les vertus publiques est déjà, à elle seule, profondément anti-chrétienne. « Dieu ne permettrait pas une telle magie ! Tout se paie, il ne fait pas de cadeaux ! »
Eh si. La Nature, du haut de son amoralité, peut se permettre cela. La tâche actuelle est de sortir de la vieille morale et de sa mauvaise conscience poisseuse pour nous rendre enfin capables de recevoir ces cadeaux.
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La justice du loto
Samedi 17 janvier
A une époque, quand je travaillais à New York, j'avais coutume d'aller prendre ma pause de midi dans un petit parc triangulaire et très mignon quoique coincé entre deux grandes avenues (Broadway et la 6e Avenue).
Un jour, j'y ai rencontré un vieil américain d'origine coréenne. Probablement retraité, il s'assit à ma table pour profiter d'un rayon de soleil. Il me raconta qu'il avait tenu une petite bicoque dans la rue voisine. Pendant la majeure partie de sa vie, il avait travaillé là, difficilement et péniblement, luttant contre la concurrence, endetté jusqu'au cou, mais dans l'espoir, un jour, de posséder enfin sa boutique et de quitter cet esclavage. Hélas, pour diverses raisons ce beau rêve ne s'était pas produit, et aujourd'hui il vivait péniblement – sinon misérablement – dans la banlieue du Queens. Et finalement il me dit qu'il aurait mieux fait de rester tranquillement chez lui, en Corée, plutôt que de se donner tout ce tracas.
Et il conclut par cette phrase, prononcée avec un fort accent coréen qu'il avait gardé tout ce temps : "They tell you you will have it, but no! You never get it! You work, you work, but you never get nowhere."
Je compris que tout ceci s'adressait à moi, jeune travailleur plein d'illusions.
J'en ai retenu un beau résumé du libéralisme et du rêve américain : les privilèges d'une minorité miroitent aux yeux du grand nombre, qui se met à courir. Le libéralisme est une loterie : les inégalités sont criantes, mais tous les acceptent, y compris les plus pauvres (et peut-être surtout eux) dans l'espoir qu'ils atteindront le sommet, dans l'idée, à peu près complètement fausse, que ce sommet est accessible à tous.
Telles sont les deux manières de concevoir une société juste : ou bien les places sont équitables, et la place du maçon vaut celle du PDG. Ou bien les injustices sont criantes et avouées, mais les positions sociales sont (en théorie du moins) ouvertes à tous.
Cette seconde conception de la justice est particulièrement amusante. Les privilèges les plus exorbitants justifiés et légitimés par l'existence d'un concours d'entrée équitable et ouvert à tous. Du point de vue de l'individu, cela semble acceptable, car chacun pense avoir sa chance. Ce n'est que du point de vue collectif que l'échec du plus grand nombre apparaît comme une nécessité logique absolue.
La justice est-elle si ennuyeuse, pour que nous lui préférions ce jeu cruel ?
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Les doigts des financiers
Mardi 13 janvier
Alors ça j'en parle parce que c'est quand même comique : il paraît (selon une étude menée par John Coates, de l'Université de Cambridge, et parue aujourd'hui) que les financiers qui ont l'annulaire plus long que l'index sont meilleurs que les autres.
Explication : un annulaire plus long que l'index révèle un niveau élevé d'exposition prénatale aux androgènes, ce qui entraîne un taux élevé de testostérone, une hormone qui accroît la confiance en soi et la vitesse de réaction.
Il y a par ailleurs l'idée qu'il suffit d'avoir confiance en soi pour réussir. J'aime bien cette idée, qui entre dans la vaste catégorie des « théories de la magie » : il suffit de croire en une chose pour qu'elle advienne. Prophétie auto-réalisatrice. Et inversement il suffit bien souvent d'imaginer le pire pour qu'il se produise. Car l'imaginer c'est déjà le vouloir, et par ailleurs la seule crainte nous affaiblit déjà.
C'est là une belle théorie, qui fonde d'ailleurs le spinozisme (je veux dire l'idée qu'il faut chercher au maximum à voir le bon côté des choses pour être mû par un affect de joie plutôt que par une passion triste). Et c'est aussi sur la base de cette idée que la psychanalyse explique qu'un enfant ayant reçu beaucoup d'amour de sa mère aura une forte confiance en lui et réussira dans la vie.
Mais si la confiance en soi est déterminée biologiquement, cela suggère une autre explication : il se pourrait que ce ne soit pas la confiance qui entraîne la réussite, mais un troisième facteur (hormonal) qui entraîne à la fois la confiance en soi et des dispositions particulières (ex : la vitesse de réaction, selon cette étude) qui favorisent la réussite.
Quoi qu'il en soit, il reste sans doute vrai que la confiance en soi est facteur de succès, car elle possède une efficacité causale propre : elle se traduit par des effets psychologiques et existentiels non négligeables. C'est pourquoi la chance sourit aux audacieux : car elle n'existe que pour celui qui est prêt à la saisir...
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Diagnostic pré-implantatoire
Lundi 12 janvier
Le premier diagnostic pré-implantatoire a été réalisé au Royaume Uni, et ça fait un peu peur. Pourquoi ? Parce que si désormais nous pouvons sélectionner nous-mêmes un embryon pour éviter que notre progéniture ait telle ou telle maladie, eh bien, en quelque sorte nous le devons, et c'est une responsabilité de plus (ô combien lourde !) qui passe des mains de Dame Nature aux nôtres.
Et bientôt c'est le monde entier qui pèsera sur nos fragiles épaules. Nous serons comme Atlas ; mais nous n'avons pas sa force. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », disait Rabelais. Et pourtant nous avons la science sans avoir la conscience.
Mais que faire ? Nous n'avons pas le choix, il va falloir y aller, et bidouiller dans la chair nous-mêmes, mettre nos mains dans le Divin Cambouis. Ce n'est ni très agréable ni très beau. On préfèrerait presque voir un nourrisson craquer joyeusement sous la dent d'un tigre ! [GROARK !] Pardon, je m'égare. Et pourtant. Tout ce qui est sauvage est beau.
D'ailleurs on y viendra. On finira par mettre la qualité au-dessus de la quantité, la beauté au-dessus de la sécurité : par la force des choses on redeviendra grec, on préfèrera mourir plutôt que vivre mal. Ce n'est qu'une question de temps. Il va falloir apprendre à mourir.
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Amérique spinoziste, Europe hobbésienne
Samedi 10 janvier 2009

Il y a deux grandes manières de concevoir la société et les rapports humains : sur le mode du conflit (Hobbes : l'homme est un loup pour l'homme) ou sur le mode de l'entente (Spinoza : l'homme est un Dieu pour l'homme). Dans un cas, la rivalité, la concurrence pour des biens rares (liée au mimétisme des désirs, cf. René Girard), et finalement la guerre de tous contre tous. Dans l'autre, l'union qui fait la force : la division du travail et l'échange. Dans un cas la haine et l'agression (Thanatos, la pulsion de mort) dans l'autre l'amour (Eros). Dans un cas la passion, dans l'autre la raison. Citons encore Spinoza : « Dans la mesure où les hommes vivent sous la conduite de la raison, ils s'accordent toujours nécessairement en nature » (Ethique, IV, 35), de sorte que finalement « l'homme raisonnable est plus libre dans la cité que seul » (Ethique, IV, 73).
Mon impression du jour, c'est que les Etats-Unis sont spinozistes alors que l'Europe est hobbésienne. Aux Etats-Unis, les premiers immigrants ont dû faire face à une nature hostile, puis aux Indiens. Il en est résulté le patriotisme américain, c'est-à-dire l'idée d'un combat mené ensemble pour la survie collective, contre un ennemi extérieur. Plus tard cet ennemi ou cette « frontière » est devenu le nazisme, puis l'U.R.S.S., puis l'espace et les extraterrestres (dans l'imaginaire collectif, cf. le cinéma américain), puis le terrorisme. Patriotisme spinoziste, résumé par la devise nationale : e pluribus unum (de plusieurs, un).
En Europe en revanche, il n'y a pas d'ennemi extérieur. On est entre nous. De sorte que l'histoire européenne est une histoire de déchirements internes, de luttes, de rivalités et de scissions, d'empires partagés qui s'entre-détruisent, etc. Cette tendance culmine lors des deux guerres mondiales du XXe siècle. Et géographiquement, c'est sans doute en France que culmine cet état d'esprit. La France, pays conflictuel par excellence : pays des révolutions, des grèves, des manifestations, des « conflits sociaux ». Pays où la vertu politique consiste à râler, à critiquer et contester tout ordre établi mais aussi toute tentative de changement.
Sans doute y a-t-il une part de vérité dans chacune des deux attitudes. Et sans doute faut-il trouver un juste équilibre. Mais en France nous devons sans doute méditer l'idée de Spinoza : dans la mesure où ils utilisent leur raison, les hommes s'accordent naturellement. Le conflit est toujours le produit de la bêtise. Spinoza, reviens !

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L'absence d'Etat palestinien, condition de la guerre
Vendredi 9 janvier 2009

Je viens de piger un truc. [Wêêe !]

Pourquoi n'y a-t-il pas d'Etat palestinien ? Pourquoi, par exemple, la bande de Gaza n'est-elle pas intégrée à l'Egypte, et la Cisjordanie à la Jordanie ?

[Carte d'Israël]

Tout simplement parce que l'absence d'Etat est la condition de la guerre perpétuelle.On n'a jamais vu de guerre interminable entre Etats. Quand il y a deux Etats en présence, on se bat une bonne fois pour toutes et puis c'est terminé, il y a un vainqueur et un vaincu. Ce qui signifie que l'Etat vaincu impose la paix à sa population et que celle-ci l'accepte. Ce qui suppose que chaque Etat parvient à contrôler sa propre population. Il en est responsable, et en particulier il est responsable de ses actes face à l'étranger.

Aujourd'hui ce modèle est poussé à sa limite dans plusieurs régions du globe. En un mot, les guerres interétatiques (entre Etats) sont remplacées par le terrorisme, c'est-à-dire une guerrilla menée par des civils. Le cas est similaire pour Al-Qaïda : certains Etats (Afghanistan, Pakistan, Iran) sont plus ou moins accusés de ne pas être capables de réprimer le terrorisme.

Revenons à la bande de Gaza. L'Egypte ne peut intégrer cette région car elle serait probablement incapable de mettre fin au terrorisme palestinien.

Cette situation rend la tâche plus difficile à Israël. Car l'Etat est un dispositif facilitant le contrôle de la population. L'absence de ce dispositif facilite la tâche aux terroristes palestiniens, qui n'ont de comptes à rendre à personne et utilisent la population comme bouclier. Ce qui apparaît donc très clairement dans cette situation particulière, c'est que l'Etat est un système qui parvient à soumettre la population en la privant des armes, en faisant de l'armée un métier et une institution à part. Le véritable état de jungle n'est donc pas entre Etats. Ceux-ci sont au contraire le moyen par excellence de traiter avec l'ennemi et d'établir la paix. Le véritable état de guerre totale existe quand il n'y a pas d'Etat.

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