Cours de philosophie

Programme de terminale

Le marxisme

Extraits de textes philosophiques

Marx

Le Manifeste du Parti communiste (1848)

Rédigé par Marx et Engels en 1848, ce texte pose les bases de la doctrine marxiste. Voici quelques citations extraites de ce texte, que vous pouvez lire en version intégrale sur cette page ou sur cette page de Wikipédia.

L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes.
La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.
Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.
Tous les mouvements historiques ont été, jusqu'ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité.
Vous êtes saisis d'horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C'est précisément parce qu'elle n'existe pas pour ces neuf dixièmes qu'elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu'à la condition que l'immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c'est bien ce que nous voulons.
Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles.
Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante.
A la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Keynes

Perspectives économiques pour nos petits-enfants (1830)

Voici un petit résumé de ce petit texte visionnaire, qui révèle la convergence de vues – jusqu'à un certain point – entre Keynes et Marx.

I

Depuis 2000 ans le niveau de vie n’a presque pas progressé, et ce pour deux raisons : l’absence de tout progrès technique important et l’incapacité du capital à s’accumuler.
Au XVIe siècle commence l’accumulation du capital, à cause de la hausse des prix et de l’augmentation consécutive des profits qui résultèrent de l’introduction des réserves d’or et d’argent transportées par l’Espagne du Nouveau Monde dans l’Ancien. Cette accumulation permit le réveil de la capacité d’accumulation de l’intérêt composé. Le pouvoir d’accumulation de l’intérêt composé est énorme : ainsi, une livre placée en 1580 à 3,25 % d’intérêt composé est devenue 100 000 livres en 1930.
Au XVIe siècle commença l’âge des inventions techniques.
La conséquence de ces deux facteurs est que malgré le prodigieux accroissement de la population mondiale, le niveau de vie moyen en Europe et aux États-Unis a toujours augmenté sur cette période, si bien qu’il est maintenant 4 fois supérieur à son niveau initial. L’accroissement du capital s’est fait sur une échelle dépassant de loin le centuple de n’importe quelle époque antérieure. Aujourd’hui, il n’y a pas lieu de prévoir une expansion démographique aussi considérable. Si le capital augmente de 2% par an, l’augmentation sera de 50 % en 20 ans et de 750 % en 100 ans.
De plus, les perfectionnements des industries de transformation et des transports se sont multipliés au cours des 10 dernières années à un rythme plus rapide que jamais auparavant. Ces changements techniques vont prochainement gagner l’agriculture ; il se pourrait que dans quelques années nous réussissions à effectuer toutes les opérations agricoles, minières et industrielles nécessaires avec seulement le quart de l’effort humain que nous avons été habitués à leur consacrer. La rapidité des progrès suscite des difficultés ; ainsi les pays en retrait souffrent moins que les pays les plus à la pointe comme l’Angleterre. On observe une maladie nouvelle : le chômage technologique, dû au fait que nous découvrons des moyens d’économiser de la main-d’œuvre à une vitesse plus grande que nous ne savons trouver de nouvelles utilisations du travail humain.
A long terme, toutes ces évolutions signifient que l’humanité est en train de résoudre son problème économique. Je prédirais volontiers que dans 100 ans le niveau de vie dont jouiront les pays les plus dynamiques sera 4 à 8 fois plus élevé qu’aujourd’hui.

II

Supposons que dans 100 ans la situation économique sera 8 fois meilleure qu’à présent. Les besoins des êtres humains paraissent insatiables. Toutefois, on peut distinguer deux catégories de besoins humains : les besoins absolus, que nous éprouvons quelle que soit la situation de nos semblables ; les besoins relatifs, que nous ne ressentons que si leur assouvissement nous place au-dessus de nos semblables ou nous donne l’impression de leur être supérieurs. Ces derniers besoins sont peut-être tout à fait insatiables, car ils sont d’autant plus élevés que le niveau général de satisfaction est élevé. En revanche, les besoins absolus ne sont pas insatiables. Il se peut même que ces besoins soient bientôt assouvis et que nous préférions alors consacrer nos énergies encore disponibles à des buts non économiques.
Le problème économique peut donc être résolu d’ici à 100 ans, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas du problème permanent de l’espèce humaine. Une telle constatation est saisissante car dans le passé le problème économique (la lutte pour la subsistance) a toujours été le problème le plus pressant de l’espèce humaine, et même de tout l’univers biologique. A cause de la primauté de ce problème, la nature a guidé notre développement (nos impulsions et nos profonds instincts) vers sa résolution. Ainsi, si le problème économique est résolu l’humanité est alors privée de sa finalité traditionnelle.
Ce pourrait être un avantage, mais la réadaptation sera difficile : il s’agit de répudier des habitudes et des instincts assimilés depuis d’innombrables générations. Peut-être doit-on même s’attendre à une « dépression nerveuse » universelle : « A ceux qui gagnent leur pain quotidien à la sueur de leur front l’oisiveté apparaît comme une friandise ardemment désirée… jusqu’au moment où elle est obtenue. » Pour la première fois, l’homme fera face à son problème véritable et permanent : comment employer la liberté arrachée aux contraintes économiques ? Comment occuper les loisirs conquis de manière agréable, sage et bonne ? Seuls les peuples capables de préserver l’art de vivre et de le cultiver, capables aussi de ne pas se vendre pour assurer leur subsistance, seront en mesure de jouir de l’abondance.
Mais nous avons été entraînés pendant trop longtemps à faire effort et non à jouir, si bien qu’on ne peut voir venir l’abondance sans craintes. Ainsi, l’observation des classes riches actuelles offre une perspective déprimante : la plupart des gens libérés de la contrainte économique ont échoué lamentablement devant le problème qui leur était posé.

Mais j’ai la certitude qu’avec un peu d’expérience nous trouverons un plan de vie tout différent du leur. Pendant longtemps chacun de nous aura besoin d’effectuer un certain travail, par habitude en quelque sorte ; mais 3 heures par jour suffisent à combler cet instinct ancestral.
D’autres changements sont à prévoir : quand l’accumulation de richesses n’aura plus une grande importance sociale, de profondes modifications se produiront dans notre système de moralité. Il sera possible de se débarrasser de certains principes pseudo moraux déplaisants. Nous pourrons juger la motivation pécuniaire à sa vraie valeur, et l’amour de l’argent comme objet de possession sera reconnu pour ce qu’il est : un état morbide plutôt répugnant. Nous serons enfin libres de rejeter les usages sociaux et économiques dégoûtants et injustes. Certes, il y aura des gens à l’intentionnalité puissante et inassouvie qui poursuivront aveuglément la richesse, à moins qu’ils ne sachent trouver un succédané acceptable, mais les autres cesseront d’être obligés de les applaudir et de les encourager.
L’intentionnalité consiste à s’intéresser davantage aux résultats des actions qui sont le plus éloignés dans le temps qu’à leur qualité intrinsèque ou à leurs effets immédiats sur l’environnement : c’est une projection dans l’avenir. Le paradoxe de l’intentionnalité apparaît dans l’histoire du créancier qui considère qu’« Il vaut toujours mieux attendre une année de plus et recevoir le double » : un tel principe, s’il est suivi indéfiniment, conduit à ne jamais posséder le gain espéré.
Ces temps futurs seront propices à un retour aux vraies valeurs ; on préfèrera les fins aux moyens, et le bon à l’utile. « Nous honorerons ceux qui sauront nous apprendre à cueillir le moment présent de manière vertueuse et bonne, les gens exquis qui savent jouir des choses dans l’immédiat ». Cependant, avarice, usure et prudence devront rester des valeurs pour un petit moment encore, car elles seules sont capables de nous faire atteindre cet état d’abondance. Le point critique sera atteint quand le relâchement de la contrainte économique sera devenu si général que la nature de nos devoirs vis-à-vis d’autrui en sera changée. Car il restera raisonnable d’avoir une « intentionnalité » économique au profit des autres quand il ne sera plus raisonnable d’en avoir une pour soi-même.
La vitesse nécessaire pour atteindre la félicité dépend de 4 facteurs : (1) la capacité à contrôler la population, (2) la volonté d’éviter les guerres et les discordes civiles, (3) le consentement à s’en remettre à la science pour les affaires de son ressort, (4) le taux d’accumulation tel que le fixera la marge entre production et consommation.
En attendant la réalisation de cet idéal, on peut déjà s’y préparer en encourageant les arts de la vie au même titre que les activités à but utilitaire.

« [S]urtout, ne nous exagérons pas l’importance du problème économique, ne sacrifions pas à ses nécessités supposées d’autres affaires d’une portée plus grande et plus permanente. »

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